lundi 9 mars 2026

Les dames blanches

 

Les Dames blanches

Auteur : Pierre Bordage

Année de parution : 2015 (édition originale)

Genre : Science-fiction / anticipation / thriller

Éditeur : L’Atalante (La Dentelle du Cygne)

Résumé

Un matin, une étrange bulle blanche d’une cinquantaine de mètres de diamètre apparaît dans une petite ville de l’ouest de la France et attire Léo, le fils de trois ans d’Élodie, qui disparaît à l’intérieur. Rapidement, d’autres bulles surgissent partout dans le monde, et malgré les efforts humains pour les détruire, elles continuent de croître. Leur activité magnétique perturbe les réseaux électriques et numériques, ramenant l’humanité à des moyens de communication plus primitifs. Seule l’absorption d’enfants très jeunes semble ralentir leur progression. Face à ce phénomène incompréhensible, des lois extrêmes sont envisagées — jusqu’à la fameuse loi d’Isaac qui pose une question tragique : peut-on élever un enfant en sachant qu’il sera arraché à trois ans ? Camille, elle-même mère ayant perdu un fils, et Basile, ufologue d’origine malienne, décident de percer le mystère des dames blanches pour tenter d’éviter le retour à la barbarie humaine.

Analyse

Le roman plonge le lecteur dans une première rencontre inattendue avec une forme d’existence étrangère qui défie toute compréhension humaine. Bordage use d’une approche à la fois speculative et humaine : il ne s’agit pas seulement d’un contact avec l’inconnu, mais d’une interrogation profonde sur ce que l’humanité est prête à accepter pour survivre. La présence des bulles — silencieuses, immenses, impénétrables — devient le miroir de nos propres peurs, nos réactions sociales et politiques face à l’inexplicable. Le livre ne s’arrête pas à l’invasion elle-même ; il se concentre sur les conséquences morales, sur la difficulté à préserver l’innocence et la question du sacrifice. À travers Camille et Basile, Bordage explore aussi la douleur, le deuil, et la manière dont les individus réagissent différemment face à l’impensable. On ressent dans ce récit la passion de l’auteur pour les mythes fondateurs et la réflexion éthique, mêlant anticipation, thriller et fable philosophique.

À lire pour

Un roman qui pousse à réfléchir autant qu’à frissonner : une fable SF où la peur, la foi, l’amour et la survie s’entrelacent. Les Dames blanches interroge nos attachements, notre rapport à l’autre et ce qu’il reste de notre humanité quand tout ce qui est familier s’effondre.

Votre serviteur : Lorenzo Garnieri




Willow


Année : 1988

Réalisateur : Ron Howard

Scénario : Bob Dolman, d’après une histoire de George Lucas

Acteurs principaux : Warwick Davis, Val Kilmer, Joanne Whalley, Jean Marsh

Musique : James Horner

Genre : Fantasy / aventure

Résumé

Dans un monde médiéval peuplé de royaumes, de créatures fantastiques et de sorcellerie, un simple fermier Nelwyn nommé Willow Ufgood voit sa vie basculer lorsqu’il découvre un nourrisson abandonné sur les rives d’une rivière.

L’enfant n’est pas ordinaire : une prophétie annonce qu’elle mettra fin au règne de la terrible reine Bavmorda. Chargé malgré lui de protéger le bébé, Willow se retrouve entraîné dans une aventure qui le dépasse. Sur sa route, il croise le mercenaire bravache Madmartigan et plusieurs alliés inattendus. Ensemble, ils devront affronter les armées de la reine et déjouer ses sortilèges pour accomplir un destin qui pourrait changer l’équilibre du monde.

Analyse

Avec Willow, Ron Howard signe un grand récit d’aventure fantastique dans la tradition des contes et des légendes médiévales. Le film mélange plusieurs influences : l’héroïsme des grandes quêtes mythiques, l’humour des récits d’aventure et la magie spectaculaire propre au cinéma des années 1980.

L’une des forces du film tient à son héros inhabituel. Willow n’est ni un guerrier ni un prince : c’est un homme ordinaire, maladroit et hésitant, qui se découvre peu à peu un courage et une sagesse insoupçonnés. Cette figure de héros improbable donne au récit une dimension touchante et accessible.

Le film est également marqué par l’énergie de Val Kilmer, dont le personnage de Madmartigan apporte un mélange d’ironie, de bravoure et de panache. Le contraste entre le petit magicien prudent et le guerrier flamboyant donne au duo une dynamique très vivante.

Visuellement, Willow appartient à une période charnière du cinéma fantastique. Effets spéciaux artisanaux, maquillages, créatures et premières expérimentations numériques se mêlent pour créer un univers riche et coloré. La musique ample de James Horner renforce encore la dimension épique et émotionnelle du voyage.

Au fil du temps, le film est devenu une œuvre culte pour toute une génération de spectateurs, appréciée pour son mélange de merveilleux, d’humour et d’aventure.

Thèmes abordés

Le film explore l’idée du héros inattendu, celui qui ne semblait pas destiné à accomplir de grandes choses mais qui se révèle face à l’adversité.

Il aborde aussi la quête initiatique, le passage d’un monde familier vers un univers dangereux qui transforme profondément ceux qui s’y aventurent.

Enfin, Willow parle de courage, d’amitié et de transmission, à travers la protection d’un enfant dont l’avenir représente l’espoir d’un monde libéré de la tyrannie.

Pourquoi voir ce film ?

Parce qu’il incarne l’esprit de la fantasy d’aventure des années 1980 : un mélange de magie, d’humour, de personnages attachants et de grande épopée. Un film généreux, qui garde aujourd’hui encore le charme des contes qu’on raconte au coin du feu.

Votre serviteur Lorenzo Garnieri



Tu seras mon fils


 Film de Gilles Legrand (2011)

Co-écrit avec : Delphine de Vigan

Avec Niels Arestrup, Lorànt Deutsch, Nicolas Bridet, Anne Marivin, Patrick Chesnais, Valérie Mairesse.

Résumé

Dans un prestigieux domaine de Saint-Émilion, Paul de Marseul règne en maître absolu. C’est un vigneron brillant, charismatique… mais aussi tyrannique, méprisant, presque cruel dans ses silences comme dans ses paroles. Son fils, Martin, travaille pourtant avec lui depuis des années, dans l’espoir d’être enfin reconnu comme digne successeur. Mais Paul ne voit en lui qu’un héritier médiocre, incapable d’être à la hauteur du nom et du vin familial.

Quand Philippe, le fils de l’intendant (interprété par Patrick Chesnais), revient des États-Unis, tout bascule. Élégant, confiant, ambitieux, il possède exactement ce que Martin n’a pas. Paul s’attache à lui presque immédiatement, au point de l’adouber comme fils spirituel. Le malaise se transforme alors en une humiliation constante pour Martin, qui observe son père glisser peu à peu vers une forme de trahison intime.

Le domaine, d’ordinaire paisible, devient un chaudron où bouillonnent rancœur, jalousie, favoritisme… et un héritage qui ne va pas du tout où il devrait.

Raisons pour le voir :

La force de Tu seras mon fils repose d’abord sur l’interprétation magistrale de Niels Arestrup, d’une dureté presque minérale mais traversée de failles d’émotion qui éclatent par moments.

La mise en scène, sèche et précise, étire la tension sans jamais en faire trop : la tragédie se tisse dans les silences, les regards et ces repas qui dérapent à peine mais suffisamment pour tout fissurer.

Le décor joue lui aussi un rôle essentiel : les vignes, les chais, la terre, tout participe à cette idée de patrimoine sacré, presque mythifié, que les personnages se disputent.

Le film offre également une peinture très juste de la violence psychologique, celle qui humilie, qui mine, qui façonne malgré soi, et mène à un final implacable qui refuse toute facilité.

En toile de fond, il interroge l’héritage comme arme, le besoin vital d’être reconnu par un parent, le poids écrasant du nom et du prestige, ainsi que cette injustice familiale silencieuse qu’on porte toute une vie.

Un film à voir pour les amateurs de drames familiaux tendus, de confrontations psychologiques fines où personne n’est innocent, et d’œuvres françaises profondément ancrées dans un lieu chargé de sens.


Votre serviteur : Lorenzo Garnieri

Les enfants sont rois

Auteur : Delphine de Vigan

Année de parution : 2018

Genre : Roman contemporain / critique sociale

Éditeur : JC Lattès

Résumé

Dans une société dominée par l’image et la visibilité permanente, Mélanie a connu la célébrité grâce à une émission de télé-réalité au début des années 2000. Des années plus tard, elle tente de retrouver cette reconnaissance perdue en exposant ses enfants sur les réseaux sociaux à travers une chaîne familiale suivie par des millions d’abonnés. Lorsque l’un des enfants disparaît, le vernis du succès se fissure brutalement, révélant les dérives d’un monde où l’intime devient un produit et l’enfance un spectacle.

Analyse

Avec Les Enfants sont rois, Delphine de Vigan livre une radiographie implacable de notre rapport à l’exposition de soi. Le roman met en parallèle deux époques — la télé-réalité naissante et l’ère des réseaux sociaux — pour montrer une continuité troublante : le besoin d’exister par le regard des autres. À travers le personnage de Mélanie, l’autrice explore la confusion entre amour parental et quête de reconnaissance, entre protection et exploitation.Le texte interroge aussi la responsabilité collective : celle des parents, bien sûr, mais aussi celle des plateformes, des spectateurs et d’une société qui consomme l’intimité sans jamais en mesurer les conséquences. Sans jamais sombrer dans le jugement frontal, le roman avance comme une enquête morale, où chaque personnage est à la fois victime et complice du système.

À lire pour

Un roman lucide et dérangeant sur la marchandisation de l’enfance et l’illusion de la célébrité. Les Enfants sont rois frappe par sa justesse, sa sobriété et sa capacité à transformer un fait de société en tragédie contemporaine profondément humaine.

Votre serviteur : Lorenzo Garnieri

Le tombeau des lucioles


 Titre original : Hotaru no Haka

Année : 1988

Réalisateur et scénariste : Isao Takahata

D’après la nouvelle de : Akiyuki Nosaka (1967)

Studio : Studio Ghibli

Musique : Michio Mamiya

Résumé

En 1945, à Kobe, Seita et sa petite sœur Setsuko perdent leur mère lors d’un bombardement américain. Le père est au front. Livrés à eux-mêmes dans un pays à l’agonie, ils tentent de survivre entre décombres, faim et indifférence ambiante. Malgré la misère, leurs éclats de joie et d’imagination créent des bulles de lumière dans un monde qui s’effondre. Leur histoire avance comme une chandelle au vent : belle, fragile, tragique.

Contexte et genèse

Le film est adapté d’une nouvelle autobiographique d’Akiyuki Nosaka, qui a perdu sa sœur durant la guerre. Il considérait le texte comme “inadaptable” tant la douleur était intime. Après avoir vu le scénario de Takahata, il a approuvé le projet, estimant que le film serait l’hommage le plus juste que sa sœur puisse recevoir.

Takahata, lui-même marqué par les bombardements qu’il a vécus enfant, a voulu un film non pas accusateur, mais profondément humain, débarrassé de tout manichéisme. Son but était de montrer la guerre comme une mécanique qui broie les plus vulnérables.

Tournage et production

C’est l’un des rares films du studio Ghibli à ne pas être réalisé par Miyazaki, et aussi l’un des plus réalistes. Le jour de sa sortie au Japon, il partageait l’affiche avec Mon Voisin Totoro. L’idée était de proposer un duo contrasté : un film sombre et un film lumineux. Si tous deux ont souffert au box-office, ils ont fini par devenir cultes.

Isao Takahata a choisi une animation volontairement sobre, refusant l’excès de mouvement ou le charme habituel de Ghibli. Il voulait un style presque documentaire, fondé sur l’observation, la lenteur et la retenue. Les décors, les objets, les vêtements et les ruines de Kobe ont été reconstitués d’après des archives de l’époque. Chaque geste des enfants, comme jouer, gratter une boîte de conserve, se laver dans la rivière, a été pensé comme une mémoire fragile de la vie quotidienne en temps de guerre.

La musique, discrète, n’envahit jamais l’image. Elle souligne sans commenter. Takahata tenait à ce silence : pour lui, la guerre est faite de creux, d’attentes et de sons étouffés.

Thèmes et portée

Le film aborde la guerre par l’intime : pas de batailles, pas de stratégie militaire, seulement deux enfants confrontés à l’injustice, à la solitude et à la lente désagrégation du monde adulte. À travers eux, il explore la responsabilité collective, l’indifférence sociale, l’amour fraternel comme dernier refuge, et la fragilité de l’enfance face à la violence historique. Le Tombeau des lucioles demeure, encore aujourd’hui, l’une des œuvres les plus puissantes sur la guerre et sur ses victimes invisibles.

À voir pour

Un film d’animation d’une intensité unique, bouleversant mais jamais appuyé. Une ode à la dignité et à la tendresse dans un monde brisé. Takahata signe une œuvre humaniste, inoubliable et absolument essentielle.

Votre serviteur Lorenzo Garnieri

As Bestas


 Film de Rodrigo Sorogoyen (2022)

Avec Denis Ménochet, Marina Foïs, Luis Zahera, Diego Anido.

Scénario : Isabel Peña & Rodrigo Sorogoyen

Musique : Olivier Arson

Montage : Alberto del Campo

Résumé

Antoine et Olga, un couple de Français quinquagénaires, ont quitté la ville pour vivre dans un village reculé de Galice. Ils restaurent une ferme, cultivent la terre, participent à la vie locale… mais leur présence n’est pas bien accueillie par tout le monde. Deux frères du coin, Xan et Loren, les voient comme des intrus qui bloquent leurs projets et menacent « l’ordre » du village. Ce qui pourrait n’être qu’un simple conflit de voisinage se transforme peu à peu en guerre sourde, poisseuse, presque primitive. Les regards deviennent des menaces, les mots des armes, et la terre elle-même semble prête à exploser sous les tensions. Sorogoyen étire ce malaise jusqu’à l’insupportable, sans jamais perdre l’humain de vue.

Ce qui fait la force du film

As Bestas s’impose d’abord par son réalisme cru, presque animal. Sorogoyen joue avec les nerfs du spectateur, créant un climat d’hostilité rampante où chaque scène semble sur le point de déraper. Denis Ménochet et Marina Foïs offrent des performances d’une intensité rare, tandis que Luis Zahera, impressionnant de brutalité contenue, donne au film une énergie proche du thriller rural. La mise en scène, profondément immersive, utilise la nature comme un personnage : le vent, les collines, la boue, tout devient vecteur de tension. Le montage d’Alberto del Campo resserre l’étau scène après scène, et la musique d’Olivier Arson ajoute une pulsation presque organique.

Thèmes abordés

Le film explore avec une précision presque chirurgicale la xénophobie rurale et ces tensions sourdes entre habitants « de toujours » et nouveaux arrivants. Il scrute cette zone grise où la civilisation et la sauvagerie se frôlent jusqu’à s’effriter, révélant ce qu’il reste de l’humain quand le territoire devient un enjeu vital. As Bestas interroge également le rapport viscéral à la terre, au travail paysan, à ce que l’on possède ou croit posséder, et à ce qu’on est prêt à défendre coûte que coûte.

Pour qui ?

Pour celles et ceux qui aiment les drames tendus comme un câble, les films qui scrutent les rapports humains à la loupe, et les œuvres où la nature devient une force dramatique à part entière. As Bestas est un coup de poing, puissant, maîtrisé, impossible à oublier.

Votre serviteur Lorenzo Garnieri

Les Fables de l'Humpur

 

Auteur : Pierre Bordage

Année de parution : 1995

Genre : Science-fantasy / roman d’anticipation

Éditeur : L’Atalante

L’auteur

Pierre Bordage (né en 1955) est l’une des grandes voix de la science-fiction française contemporaine. Connu pour ses sagas épiques (Les Guerriers du Silence, Wang), il mêle aventure, spiritualité et critique sociale dans une langue riche et imagée. Son œuvre explore souvent la frontière entre le mythe et la science.

Son roman, "Les fables de l'Humpur", a reçu en 2000 le grand prix Paul-Féval de littérature populaire décerné par la Société des gens de lettres. Il a également reçu le prix Imaginales des lycéens en 2005.

Résumé

Dans un futur lointain où le monde est en pleine régression, des créatures mi-humaines mi-animales vivent sous la loi de “l’Humpur”. Dégoûté par les rites bestiaux de sa tribu, Véhir, un jeune grogne, décide de fuir cet ordre figé et part dans le grand centre afin d'y trouver les derniers dieux humains dans une odyssée initiatique, pleine de découvertes et d'interrogations.

À lire pour

Plus qu'un roman, "Les Fables de l'Humpur" est une parabole humaniste qui met en scène des créatures hybrides de différentes espèces au langage abâtardi et adapté à son royaume. Outre ses thèmes de tolérance, de transmission et des fondements d'une civilisation, le roman questionne aussi sur la peur de l’autre, la mémoire collective et le poids des mythes dans un texte foisonnant et accessible, porté par une écriture vivante, parfois drôle, souvent lyrique mais aussi cruel.

Votre serviteur Lorenzo Garnieri