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mercredi 3 juin 2026

La Ligne de Front, une aventure rocambolesque de Vincent Van Gogh


Présentation

Publié en 2023, La Ligne de Front est un roman graphique de Manu Larcenet, auteur majeur de la bande dessinée contemporaine, connu pour Blast, Le Combat ordinaire ou encore son adaptation de La Route. Avec ce livre, Larcenet propose une relecture totalement décalée, absurde et jubilatoire de la figure de Vincent Van Gogh, qu’il transforme en héros d’une aventure improbable, violente, drôle et profondément humaine. L’ouvrage s’inscrit dans la veine des récits où l’auteur mêle humour noir, réflexion artistique et critique sociale, tout en déployant un dessin nerveux, expressif et immédiatement reconnaissable.

Résumé (sans rien dévoiler)

Larcenet imagine un Van Gogh vivant une existence parallèle, loin de la biographie que l’on connaît. Le peintre devient ici un personnage borderline, embarqué dans une aventure rocambolesque qui le mène au cœur d’un monde brutal, grotesque et imprévisible. Le récit joue constamment avec les codes du western, du film de guerre et du polar, tout en conservant une dimension introspective propre à l’auteur.

Au fil des pages, Van Gogh traverse des situations absurdes, violentes ou poétiques, toujours porté par une énergie chaotique qui fait basculer le récit d’un registre à l’autre. Larcenet ne cherche pas à raconter la vie du peintre, mais à explorer ce qu’il représente : un artiste dévoré par ses visions, un homme en lutte contre le monde, un être qui avance malgré la douleur, la folie ou l’incompréhension. Le résultat est un récit à la fois drôle, sombre et profondément libre.

Thèmes

Le livre aborde plusieurs thèmes majeurs de l’œuvre de Larcenet :

  • La création artistique, envisagée comme une force brute, presque dangereuse.

  • La folie, non pas comme pathologie, mais comme manière de percevoir le monde autrement.

  • La violence du réel, omniprésente, souvent absurde, parfois comique.

  • La figure du marginal, chère à Larcenet, ici incarnée par un Van Gogh réinventé.

  • La liberté artistique, revendiquée dans la forme comme dans le fond.

Analyse

Larcenet déploie un style graphique puissant, fait de contrastes violents, de noirs profonds et de compositions éclatées. Le trait, volontairement nerveux, traduit l’instabilité émotionnelle du personnage et l’énergie chaotique du récit. Le livre joue sur une esthétique proche du carnet de guerre, mêlant croquis, pages saturées, collages visuels et ruptures de ton.

Narrativement, Larcenet adopte une structure éclatée, presque hallucinée, qui reflète la psyché de son personnage. Le récit avance par fragments, visions, accélérations soudaines, comme si Van Gogh lui-même en était le narrateur instable. Cette approche donne au livre une force singulière : on ne lit pas seulement une histoire, on traverse une expérience sensorielle.

L’humour noir, omniprésent, permet de désamorcer la violence tout en soulignant l’absurdité du monde. Larcenet ne cherche pas à faire rire, mais à créer un décalage permanent, une tension entre le tragique et le grotesque. C’est cette oscillation qui donne au livre son ton unique.

Appréciation critique

La Ligne de Front est une œuvre audacieuse, libre et profondément personnelle. Larcenet y déploie tout ce qui fait la force de son travail : un dessin expressif, une narration inventive, un humour grinçant et une sensibilité à fleur de peau. Le livre séduira autant les amateurs de récits graphiques exigeants que ceux qui apprécient les détournements iconoclastes des figures artistiques.
Ce n’est pas une biographie : c’est un hommage déformé, explosif et poétique, qui interroge la création, la souffrance et la place de l’artiste dans un monde absurde.

jeudi 21 mai 2026

Silence


Présentation

Silence (Chinmoku), publié en 1966, est un roman historique et théologique de l’écrivain japonais Shūsaku Endō. Considéré comme son chef‑d’œuvre, il reçoit le prix Tanizaki la même année. Endō, écrivain catholique dans un Japon majoritairement non chrétien, y explore avec une grande finesse les tensions entre foi, culture et souffrance. Le roman est aujourd’hui reconnu comme l’un des textes spirituels les plus marquants du XXᵉ siècle.

Résumé

L’histoire se déroule au XVIIᵉ siècle, à une époque où le Japon ferme brutalement ses frontières et traque les chrétiens avec une détermination implacable. Dans ce climat de peur et de clandestinité, le jeune prêtre jésuite portugais Sebastião Rodrigues entreprend un voyage périlleux vers l’archipel. Il souhaite retrouver son mentor, le père Ferreira, dont on murmure qu’il aurait renié sa foi sous la torture. Accompagné d’un autre missionnaire, Francisco Garupe, il découvre un pays où les croyants vivent cachés, dans la misère, prêts à tout pour préserver une foi qu’ils ne peuvent plus pratiquer au grand jour.

Très vite, Rodrigues se retrouve confronté à une réalité plus dure qu’il ne l’imaginait. Les autorités japonaises ont mis en place des méthodes de persécution d’une cruauté raffinée, destinées autant à briser les corps qu’à éteindre l’espérance. Les chrétiens sont forcés de prouver publiquement leur renoncement, et ceux qui refusent disparaissent dans des supplices dont personne ne revient. Dans ce monde où la peur règne, Rodrigues doit apprendre à discerner la vérité derrière les apparences et à comprendre les dilemmes auxquels sont confrontés ceux qu’il est venu soutenir.

Au fil de son voyage, il découvre que la foi n’est pas seulement une question de courage ou de doctrine, mais un combat intime, traversé de doutes, de contradictions et de silences. Le Japon devient pour lui un miroir impitoyable, où chaque choix a un prix, et où la frontière entre héroïsme et orgueil se brouille. À mesure que la pression s’intensifie, Rodrigues se retrouve face à des questions qu’aucune formation théologique ne l’avait préparé à affronter.

Silence est un roman qui interroge la foi avec une profondeur rare, sans jamais imposer de réponse. Endō y explore la fragilité humaine, la force des convictions et la manière dont le silence — celui des hommes comme celui de Dieu — peut devenir une épreuve aussi redoutable que la persécution elle‑même. C’est un récit intense, nuancé et bouleversant, qui laisse longtemps son empreinte.

Thèmes

Le roman explore d’abord le silence de Dieu, thème central qui donne son titre à l’œuvre : Rodrigues ne comprend pas pourquoi Dieu ne répond pas aux supplications des martyrs, et ce silence devient une épreuve spirituelle fondamentale. Endō interroge aussi le conflit entre foi et culture, montrant comment le christianisme européen se heurte à la société japonaise du XVIIᵉ siècle. Le livre aborde également la trahison, non seulement celle des apostats, mais aussi celle, plus intime, de Rodrigues envers ses propres idéaux. Enfin, Silence pose la question du martyre, de sa valeur réelle, et de la frontière entre héroïsme et orgueil.

Analyse

Endō adopte un style sobre, presque ascétique, qui renforce la tension morale du récit. Le roman alterne entre narration classique, lettres et journal intime, ce qui donne une impression de témoignage direct et renforce la dimension quasi documentaire de l’histoire. Le symbolisme est omniprésent : la mer, la pluie, la boue et la nuit deviennent autant de métaphores du silence divin et de l’impuissance humaine.

L’auteur, lui‑même catholique dans un pays où cette religion est minoritaire, projette dans Rodrigues ses propres interrogations sur la foi, la souffrance et l’identité. Le roman se distingue par sa profondeur psychologique et sa capacité à poser des dilemmes moraux sans jamais imposer de réponse.

Appréciation critique

Silence est considéré comme un roman majeur de la littérature japonaise moderne. Il a été salué pour sa puissance émotionnelle, sa finesse théologique et sa manière d’aborder la foi sans manichéisme. Son influence est durable, tant dans la littérature que dans la réflexion spirituelle contemporaine.

L’adaptation de Martin Scorsese

Le roman a été adapté au cinéma à plusieurs reprises, mais la version la plus célèbre est celle réalisée par Martin Scorsese en 2016, avec Andrew Garfield, Adam Driver et Liam Neeson. Scorsese, fasciné par le roman depuis plus de vingt ans, en a fait un film austère, contemplatif et profondément spirituel, fidèle aux thèmes de la foi, de la trahison et du silence divin. Le film reprend l’essentiel de l’intrigue du roman et met en scène, avec une grande rigueur visuelle, les persécutions des chrétiens japonais et les dilemmes moraux des missionnaires.

Votre Serviteur Lorenzo Garnieri

 

mardi 19 mai 2026

La forêt des Mythagos


 Présentation 

La Forêt des Mythagos (Mythago Wood), publié en 1984 par Robert Holdstock, est le premier volume du cycle consacré à la forêt de Ryhope. Le roman a reçu le World Fantasy Award en 1985 et s’impose aujourd’hui comme l’une des œuvres majeures de la fantasy littéraire contemporaine.

Résumé

L’histoire se déroule dans le Herefordshire, juste après la Seconde Guerre mondiale. Stephen Huxley revient dans la maison familiale, située au bord de la mystérieuse forêt de Ryhope, où son père — le chercheur George Huxley — a consacré sa vie à étudier les phénomènes étranges qui s’y produisent.
Stephen découvre que son frère Christian est devenu obsédé par une jeune femme surgie de la forêt, Guiwenneth, qui semble appartenir à un passé très ancien.

Ryhope n’est pas un simple bois : c’est un espace immense et mouvant, où prennent forme des êtres appelés Mythagos, incarnations vivantes des mythes, des archétypes et des imaginaires humains. À mesure que Christian s’enfonce dans la forêt, il se transforme lui-même en figure mythique. Stephen finit par le suivre, déterminé à comprendre la nature de Ryhope et à sauver son frère, même si cela signifie affronter une forêt qui déforme le temps, la mémoire et l’identité.

Thèmes majeurs

  • Mythologie vivante : Holdstock montre comment les mythes prennent corps et se renouvellent dans l’esprit humain.

  • Inconscient collectif : les Mythagos naissent des imaginaires humains, révélant peurs, désirs et archétypes.

  • Identité et métamorphose : les personnages glissent vers des rôles mythiques qui les dépassent.

  • Forêt initiatique : Ryhope agit comme un espace de transformation, à la fois dangereux et révélateur.

  • Rivalité fraternelle : l’amour pour Guiwenneth exacerbe les tensions entre Stephen et Christian.

  • Mémoire et temps : la forêt manipule le temps et rejoue les récits anciens.

Analyse littéraire

Holdstock propose une fantasy profondément originale, qui s’éloigne des codes épiques traditionnels pour explorer une dimension plus psychologique et anthropologique. La forêt de Ryhope devient un véritable personnage, doté d’une volonté propre, capable de façonner les êtres qui s’y aventurent.
Le roman mêle exploration physique et introspection, créant une atmosphère dense et hypnotique. La narration, volontairement immersive, plonge le lecteur dans un espace où les frontières entre mythe et réalité se dissolvent.

Appréciation critique

Le roman séduit par son concept unique, son atmosphère envoûtante et la profondeur de ses personnages. Son approche de la mythologie, nourrie de psychologie jungienne, lui donne une dimension intellectuelle rare dans la fantasy.
Cependant, sa densité et son rythme parfois lent peuvent dérouter les lecteurs habitués à des récits plus orientés vers l’action.

Pour quel lectorat ?

Le livre s’adresse surtout aux lecteurs qui apprécient une fantasy littéraire, introspective et exigeante. Il conviendra particulièrement à ceux qui s’intéressent à la mythologie, à la psychologie ou aux récits initiatiques. Les lecteurs cherchant une aventure plus classique pourraient en revanche trouver le roman déroutant.

Conclusion

La Forêt des Mythagos est un roman majeur qui renouvelle profondément la manière d’aborder les mythes en littérature. En transformant la forêt en espace mental et symbolique, Holdstock propose une œuvre fascinante, exigeante et durablement marquante. C’est un livre qui continue de résonner longtemps après sa lecture.

lundi 9 mars 2026

Les dames blanches

 

Les Dames blanches

Auteur : Pierre Bordage

Année de parution : 2015 (édition originale)

Genre : Science-fiction / anticipation / thriller

Éditeur : L’Atalante (La Dentelle du Cygne)

Résumé

Un matin, une étrange bulle blanche d’une cinquantaine de mètres de diamètre apparaît dans une petite ville de l’ouest de la France et attire Léo, le fils de trois ans d’Élodie, qui disparaît à l’intérieur. Rapidement, d’autres bulles surgissent partout dans le monde, et malgré les efforts humains pour les détruire, elles continuent de croître. Leur activité magnétique perturbe les réseaux électriques et numériques, ramenant l’humanité à des moyens de communication plus primitifs. Seule l’absorption d’enfants très jeunes semble ralentir leur progression. Face à ce phénomène incompréhensible, des lois extrêmes sont envisagées — jusqu’à la fameuse loi d’Isaac qui pose une question tragique : peut-on élever un enfant en sachant qu’il sera arraché à trois ans ? Camille, elle-même mère ayant perdu un fils, et Basile, ufologue d’origine malienne, décident de percer le mystère des dames blanches pour tenter d’éviter le retour à la barbarie humaine.

Analyse

Le roman plonge le lecteur dans une première rencontre inattendue avec une forme d’existence étrangère qui défie toute compréhension humaine. Bordage use d’une approche à la fois speculative et humaine : il ne s’agit pas seulement d’un contact avec l’inconnu, mais d’une interrogation profonde sur ce que l’humanité est prête à accepter pour survivre. La présence des bulles — silencieuses, immenses, impénétrables — devient le miroir de nos propres peurs, nos réactions sociales et politiques face à l’inexplicable. Le livre ne s’arrête pas à l’invasion elle-même ; il se concentre sur les conséquences morales, sur la difficulté à préserver l’innocence et la question du sacrifice. À travers Camille et Basile, Bordage explore aussi la douleur, le deuil, et la manière dont les individus réagissent différemment face à l’impensable. On ressent dans ce récit la passion de l’auteur pour les mythes fondateurs et la réflexion éthique, mêlant anticipation, thriller et fable philosophique.

À lire pour

Un roman qui pousse à réfléchir autant qu’à frissonner : une fable SF où la peur, la foi, l’amour et la survie s’entrelacent. Les Dames blanches interroge nos attachements, notre rapport à l’autre et ce qu’il reste de notre humanité quand tout ce qui est familier s’effondre.

Votre serviteur : Lorenzo Garnieri




Les enfants sont rois

Auteur : Delphine de Vigan

Année de parution : 2018

Genre : Roman contemporain / critique sociale

Éditeur : JC Lattès

Résumé

Dans une société dominée par l’image et la visibilité permanente, Mélanie a connu la célébrité grâce à une émission de télé-réalité au début des années 2000. Des années plus tard, elle tente de retrouver cette reconnaissance perdue en exposant ses enfants sur les réseaux sociaux à travers une chaîne familiale suivie par des millions d’abonnés. Lorsque l’un des enfants disparaît, le vernis du succès se fissure brutalement, révélant les dérives d’un monde où l’intime devient un produit et l’enfance un spectacle.

Analyse

Avec Les Enfants sont rois, Delphine de Vigan livre une radiographie implacable de notre rapport à l’exposition de soi. Le roman met en parallèle deux époques — la télé-réalité naissante et l’ère des réseaux sociaux — pour montrer une continuité troublante : le besoin d’exister par le regard des autres. À travers le personnage de Mélanie, l’autrice explore la confusion entre amour parental et quête de reconnaissance, entre protection et exploitation.Le texte interroge aussi la responsabilité collective : celle des parents, bien sûr, mais aussi celle des plateformes, des spectateurs et d’une société qui consomme l’intimité sans jamais en mesurer les conséquences. Sans jamais sombrer dans le jugement frontal, le roman avance comme une enquête morale, où chaque personnage est à la fois victime et complice du système.

À lire pour

Un roman lucide et dérangeant sur la marchandisation de l’enfance et l’illusion de la célébrité. Les Enfants sont rois frappe par sa justesse, sa sobriété et sa capacité à transformer un fait de société en tragédie contemporaine profondément humaine.

Votre serviteur : Lorenzo Garnieri

Les Fables de l'Humpur

 

Auteur : Pierre Bordage

Année de parution : 1995

Genre : Science-fantasy / roman d’anticipation

Éditeur : L’Atalante

L’auteur

Pierre Bordage (né en 1955) est l’une des grandes voix de la science-fiction française contemporaine. Connu pour ses sagas épiques (Les Guerriers du Silence, Wang), il mêle aventure, spiritualité et critique sociale dans une langue riche et imagée. Son œuvre explore souvent la frontière entre le mythe et la science.

Son roman, "Les fables de l'Humpur", a reçu en 2000 le grand prix Paul-Féval de littérature populaire décerné par la Société des gens de lettres. Il a également reçu le prix Imaginales des lycéens en 2005.

Résumé

Dans un futur lointain où le monde est en pleine régression, des créatures mi-humaines mi-animales vivent sous la loi de “l’Humpur”. Dégoûté par les rites bestiaux de sa tribu, Véhir, un jeune grogne, décide de fuir cet ordre figé et part dans le grand centre afin d'y trouver les derniers dieux humains dans une odyssée initiatique, pleine de découvertes et d'interrogations.

À lire pour

Plus qu'un roman, "Les Fables de l'Humpur" est une parabole humaniste qui met en scène des créatures hybrides de différentes espèces au langage abâtardi et adapté à son royaume. Outre ses thèmes de tolérance, de transmission et des fondements d'une civilisation, le roman questionne aussi sur la peur de l’autre, la mémoire collective et le poids des mythes dans un texte foisonnant et accessible, porté par une écriture vivante, parfois drôle, souvent lyrique mais aussi cruel.

Votre serviteur Lorenzo Garnieri

L'enchanteur (de Barjavel)

 


Auteur : René Barjavel

Année de parution : 1984

Genre : Roman / réécriture mythique / fantasy poétique

Éditeur : Denoël

L’auteur

René Barjavel (1911-1985) est l’un des écrivains majeurs de la littérature française du XXᵉ siècle. Connu pour ses romans d’anticipation (La Nuit des temps, Ravage), il mêle dans toute son œuvre science, amour et spiritualité. L’Enchanteur, son dernier roman, condense son regard émerveillé et mélancolique sur le monde.

Résumé

Barjavel revisite la légende arthurienne à travers le regard de Merlin, l’éternel magicien, chargé de guider les chevaliers vers le Graal. Ici, la magie n’est pas un art de puissance mais une force spirituelle, nourrie d’amour et de doute. Autour de Merlin gravitent Arthur, Lancelot, Guenièvre, Viviane... des figures mythiques rendues profondément humaines. La quête du Graal devient une quête intérieure, où se mêlent lumière, ombre et désir de rédemption.

À lire pour

Parce que Barjavel transforme la légende du roi Arthur en une méditation poétique sur l’amour, la foi et la fragilité des héros. Son écriture fluide et musicale tisse un récit à la fois mystique et intime, où chaque page invite à la contemplation. L’Enchanteur est moins une aventure qu’un enchantement : une fable sur la beauté et la vulnérabilité du cœur humain.

Votre serviteur Lorenzo Garnieri

jeudi 11 août 2016

Dune

Peut-on comparer le film au roman ? De prime abord, je dirais non. Un roman est beaucoup plus détaillé, plus fourni qu'un film. D'ailleurs, il n'y a rien de plus qui m'énerve que d'entendre "Oh ! le roman est beaucoup mieux." Bien évidemment. Ce sont deux matières différentes. Le roman est la réflexion personnelle d'un auteur. Le film est un projet commun, un travail d'équipe sous la direction d'un réalisateur et bien entendu la supervision d'un producteur. Bien entendu, l'éditeur va reprendre le rôle de supervision, mais ce rôle est beaucoup moins oppressant. Ce sont deux métiers différents.


Revenons au sujet. Même si les deux sont incomparables, le film ne cesse de rappeler des éléments du roman d'Herbert qui, rappelons-le, a supervisé le film de David Lynch. Et cette analogie entre le livre et le film est le principal point faible du film. Déjà que celui-ci a mal vieilli, pire que les effets spéciaux ne sont pas géniaux, même pour l'époque (Star Wars et Blade Runner sont passés avant quand même). Et ne parlons pas de la narration... Ah bah non, on va en parler quand-même c'est elle qui casse le film.
 
Alors, je rassure le lecteur de ce billet : je ne cherche pas à casser le film. Au contraire, je cherche à le défendre, surtout quand j'entend que tout le monde fantasme sur la version avortée de Jodorowski oubliant que l'artiste chilien est un très mauvais réalisateur. Car oui, Dune aurait dû être le film de référence dans la Science-Fiction.


Seulement, voilà. Voulant faire du fan-service avant l'heure, Lynch s'est lamentablement planté. Il a tiré du livre tout ce qui le ralentissait à commencer par les pensées des personnages qui lèvent toute empathie, et signe une narration déplorable. Heureusement que les acteurs sont très bons, sinon "Dune" ne serait pas considéré comme un nanar mais comme un véritable navet. Mais nous y reviendrons plus tard.

Là, où Lynch s'est surpassé dans l'art de la confusion est qu'il oublie très souvent l'esprit du livre. A commencer par les ordinateurs qui sont remplacés par les "Mentats", hommes conditionnés à être de véritables logiciels humains. Certes, un film n'est pas tenu de suivre le roman, je veux pour exemple Tom Bombadil dans "le Seigneur des Anneaux" mais quand un film reprend le côté psychédélique et new-âge d'un roman, il faut qu'il assume jusqu'au bout. Bon, ne parlons pas de l'absence de capes chez les Fremens, (là ok, je chipote), de la "polygamie" de Stilgar et celle imposée à Paul Muab-Dib (qui elle aurait pu être développée) ou encore le combat dans l'arène entre Feyd-Rautha (joué par Sting) contre des esclaves. 
 
 
Oui, ce sont des détails, et le syndrome Tom Bombadil tourne autour de mon clavier. Or, David Lynch persiste dans l'art de la dichotomie narrative et s'évertue à faire référence au livre tout en ne le respectant pas. Je parlais de la narration avec les pensées des personnages que Lynch a porté à l'écran et qui polluent le film, que penser des personnages ? Oui les acteurs sont bons ! Oui presque tous les personnages sont là ! Et c'est encore un problème. La présence de certains n'est plus justifié. Déjà que le livre lui-même rencontre ce problème avec certains passages (mais au fil du cycle on comprend leur présence). Je pense à Liet Kynes ou Gurney Halleck dont le rôle dans le film est négligeable. Leur présence saccade le film et l'on assiste à un défilement d'images et de personnages pour assurer le fan service. Marvel n'a rien inventé.

Cette adaptation est difficilement défendable. Surtout depuis un certain Peter Jackson. On l'a bien vu, l'intégrale du "Seigneur des Anneaux" fait 1200 pages et il a fallu 3 films de plus de 3 heures chacun pour l'adapter (et je ne parle pas des versions longues). Le premier tome de Dune fait 800 pages soit l'équivalent d'une trilogie à la Star Wars (soit 3 films de 2heures ou un diptyque de 3heures pour chacun).
 
Et pourtant, il y avait de très bonnes idées et de bonnes initiatives. Je ne sais pas ce qui a été voulu par DiLaurentis et ce qui a été voulu par Lynch. Parait-il que la Director's cut n'est pas mieux (mais au moins on voit Gurney Halleck jouer de la ballisette). D'ailleurs, non seulement je déteste l'expression Director's cut, mais pour moi un film quand il est tourné, il n'a pas à être changé. 
 
Les bonnes idées ? Les pustules et la perversité du Baron Harkonnen. Un excellent méchant dans l'histoire du cinéma. En règle générales, la caractérisation des Harkonnen est très subtile, très intéressante. D'ailleurs, Sting s'en sort pas mal en Feyd-Rautha. Le duel entre Paul et celui-ci est une très bonne scène qui aurait pu avoir plus d'intensité si l'on avait vu ce dernier à l'œuvre un peu plus tôt. Le roman relate un combat dans l'arène entre Feyd-Rautha et des gladiateurs, cette idée aurait pu être creusé et donner plus d'impact.
De même que les deux autres familles, à savoir les Corrinos et les Atréïdes drapés dans de somptueux costumes et donc la caractérisation est fidèle au livre.
 
 
 
"Dune" aurait pu être un meilleur film, une meilleure adaptation. Peut-être qu'un jour quelqu'un en fera un remake intéressant. Reste les livres que je ne saurai que trop vous conseiller et qui vous permettront de savoir pourquoi son adaptation a été un échec.

Et ne me parlez pas de Jodorowski.

Votre Serviteur

Lorenzo Garnieri

dimanche 10 avril 2016

Les Cantos d'Hypérion de Dan Simmons

Certainement l'une des plus grandes oeuvres de science-fiction. Une saga au-delà de l'espace et du temps. L'histoire même de la saga nous plonge dans le vide intersidéral. Sept voyageurs (un consul, une détective, un templier, un érudit affublé d'un nourrisson, un poète, un prêtre et un colonel) doivent se rendre sur la planète Hypérion pour effectuer un pèlerinage sur le site des tombeaux du temps, où règne le terrible et mythique Gritche, créature mythique du futur qui progresse dans le temps inversé. En somme, son futur est le passé et son passé sera son futur. 
Les Cantos d'Hypérion débutent par le premier volet, Hypérion, où les sept voyageurs se sachant condamnés s'ils ne collaborent pas ensemble, vont livrer leurs motivations aux autres. Au-delà d'une simple histoire, c'est surtout le monde de Dan Simmons qui nous sera dépeint pour faciliter l'avancé de l'histoire dans "La chute d'Hypérion" dans lesquels l'action s'ouvre et l'intrigue s'intensifie.
Voici donc la base d'une véritable oeuvre métaphysique où Simmons nous brosse un univers futuriste nommé l'Hegire, constitué d'un vaste réseau distran où l'on peut voyager d'un monde à l'autre sans déficit de temps, comme dans Stargate qui s'est amplement inspiré d'Hypérion pour sa porte des étoiles. Un univers où la Terre a disparu, avalée par un trou noir, un univers en proie à la guerre contre les Extros, des humains qui ont mutés dans l'espace, et où l'Intelligence Artificielle est en passe de devenir la nouvelle espèce dominante. 
Mais c'est surtout la notion de temps qui est mis à mal par Simmons, où le temps inversé et le temps réel vont s'entre-croiser tandis que l'humanité doit faire un choix entre disparaître sous l'opulence, la facilité, le confort, ou survivre dans l'anarchie et la renonciation.   
Sans trop en dévoiler, Simmons est doté d'une écriture inventive et captivante, mêlant le suspens, l'émotion et la réflexion. Le lecteur n'est pas dupé, voir même libre, libre d'imaginer la configuration de cet univers, libre de s'imaginer ses personnages. 


Autre force d'Hypérion : son rythme. Je n'ai jamais vu une alternance de rythme aussi bien gérer dans un livre. Tantôt calme pour placer le récit et son avancée, tantôt effréné. Parfois j'avais l'impression de voir un film de Nolan (je pense à Inception) alors que je lisais un livre de Science Fiction. Notons aussi d'innombrables allusions aux poète John Keats, poète anglais du 18ème siècle et auteur du recueil Endymion.  
D'ailleurs, ce n'est pas une surprise de voir la suite de la saga "Les Voyages d'Endymion" écrite en 1997. Je dois avouer que j'ai moins aimé mais "Endymion" et "l'Eveil d'Endymion" restent tout de même d'incroyables romans de par leurs fausses pistes et leurs transversalités avec Hypérion. 

Il ne vous reste plus qu'à découvrir cette saga addictive commencée en 1989, où le temps et l'espace ne sont plus qu'un concept et où nos perceptions de l'espace-temps sont mises à mal.

Votre serviteur

Lorenzo Garnieri.