lundi 9 mars 2026

Les dames blanches

 

Les Dames blanches

Auteur : Pierre Bordage

Année de parution : 2015 (édition originale)

Genre : Science-fiction / anticipation / thriller

Éditeur : L’Atalante (La Dentelle du Cygne)

Résumé

Un matin, une étrange bulle blanche d’une cinquantaine de mètres de diamètre apparaît dans une petite ville de l’ouest de la France et attire Léo, le fils de trois ans d’Élodie, qui disparaît à l’intérieur. Rapidement, d’autres bulles surgissent partout dans le monde, et malgré les efforts humains pour les détruire, elles continuent de croître. Leur activité magnétique perturbe les réseaux électriques et numériques, ramenant l’humanité à des moyens de communication plus primitifs. Seule l’absorption d’enfants très jeunes semble ralentir leur progression. Face à ce phénomène incompréhensible, des lois extrêmes sont envisagées — jusqu’à la fameuse loi d’Isaac qui pose une question tragique : peut-on élever un enfant en sachant qu’il sera arraché à trois ans ? Camille, elle-même mère ayant perdu un fils, et Basile, ufologue d’origine malienne, décident de percer le mystère des dames blanches pour tenter d’éviter le retour à la barbarie humaine.

Analyse

Le roman plonge le lecteur dans une première rencontre inattendue avec une forme d’existence étrangère qui défie toute compréhension humaine. Bordage use d’une approche à la fois speculative et humaine : il ne s’agit pas seulement d’un contact avec l’inconnu, mais d’une interrogation profonde sur ce que l’humanité est prête à accepter pour survivre. La présence des bulles — silencieuses, immenses, impénétrables — devient le miroir de nos propres peurs, nos réactions sociales et politiques face à l’inexplicable. Le livre ne s’arrête pas à l’invasion elle-même ; il se concentre sur les conséquences morales, sur la difficulté à préserver l’innocence et la question du sacrifice. À travers Camille et Basile, Bordage explore aussi la douleur, le deuil, et la manière dont les individus réagissent différemment face à l’impensable. On ressent dans ce récit la passion de l’auteur pour les mythes fondateurs et la réflexion éthique, mêlant anticipation, thriller et fable philosophique.

À lire pour

Un roman qui pousse à réfléchir autant qu’à frissonner : une fable SF où la peur, la foi, l’amour et la survie s’entrelacent. Les Dames blanches interroge nos attachements, notre rapport à l’autre et ce qu’il reste de notre humanité quand tout ce qui est familier s’effondre.

Votre serviteur : Lorenzo Garnieri




Willow


Année : 1988

Réalisateur : Ron Howard

Scénario : Bob Dolman, d’après une histoire de George Lucas

Acteurs principaux : Warwick Davis, Val Kilmer, Joanne Whalley, Jean Marsh

Musique : James Horner

Genre : Fantasy / aventure

Résumé

Dans un monde médiéval peuplé de royaumes, de créatures fantastiques et de sorcellerie, un simple fermier Nelwyn nommé Willow Ufgood voit sa vie basculer lorsqu’il découvre un nourrisson abandonné sur les rives d’une rivière.

L’enfant n’est pas ordinaire : une prophétie annonce qu’elle mettra fin au règne de la terrible reine Bavmorda. Chargé malgré lui de protéger le bébé, Willow se retrouve entraîné dans une aventure qui le dépasse. Sur sa route, il croise le mercenaire bravache Madmartigan et plusieurs alliés inattendus. Ensemble, ils devront affronter les armées de la reine et déjouer ses sortilèges pour accomplir un destin qui pourrait changer l’équilibre du monde.

Analyse

Avec Willow, Ron Howard signe un grand récit d’aventure fantastique dans la tradition des contes et des légendes médiévales. Le film mélange plusieurs influences : l’héroïsme des grandes quêtes mythiques, l’humour des récits d’aventure et la magie spectaculaire propre au cinéma des années 1980.

L’une des forces du film tient à son héros inhabituel. Willow n’est ni un guerrier ni un prince : c’est un homme ordinaire, maladroit et hésitant, qui se découvre peu à peu un courage et une sagesse insoupçonnés. Cette figure de héros improbable donne au récit une dimension touchante et accessible.

Le film est également marqué par l’énergie de Val Kilmer, dont le personnage de Madmartigan apporte un mélange d’ironie, de bravoure et de panache. Le contraste entre le petit magicien prudent et le guerrier flamboyant donne au duo une dynamique très vivante.

Visuellement, Willow appartient à une période charnière du cinéma fantastique. Effets spéciaux artisanaux, maquillages, créatures et premières expérimentations numériques se mêlent pour créer un univers riche et coloré. La musique ample de James Horner renforce encore la dimension épique et émotionnelle du voyage.

Au fil du temps, le film est devenu une œuvre culte pour toute une génération de spectateurs, appréciée pour son mélange de merveilleux, d’humour et d’aventure.

Thèmes abordés

Le film explore l’idée du héros inattendu, celui qui ne semblait pas destiné à accomplir de grandes choses mais qui se révèle face à l’adversité.

Il aborde aussi la quête initiatique, le passage d’un monde familier vers un univers dangereux qui transforme profondément ceux qui s’y aventurent.

Enfin, Willow parle de courage, d’amitié et de transmission, à travers la protection d’un enfant dont l’avenir représente l’espoir d’un monde libéré de la tyrannie.

Pourquoi voir ce film ?

Parce qu’il incarne l’esprit de la fantasy d’aventure des années 1980 : un mélange de magie, d’humour, de personnages attachants et de grande épopée. Un film généreux, qui garde aujourd’hui encore le charme des contes qu’on raconte au coin du feu.

Votre serviteur Lorenzo Garnieri



Tu seras mon fils


 Film de Gilles Legrand (2011)

Co-écrit avec : Delphine de Vigan

Avec Niels Arestrup, Lorànt Deutsch, Nicolas Bridet, Anne Marivin, Patrick Chesnais, Valérie Mairesse.

Résumé

Dans un prestigieux domaine de Saint-Émilion, Paul de Marseul règne en maître absolu. C’est un vigneron brillant, charismatique… mais aussi tyrannique, méprisant, presque cruel dans ses silences comme dans ses paroles. Son fils, Martin, travaille pourtant avec lui depuis des années, dans l’espoir d’être enfin reconnu comme digne successeur. Mais Paul ne voit en lui qu’un héritier médiocre, incapable d’être à la hauteur du nom et du vin familial.

Quand Philippe, le fils de l’intendant (interprété par Patrick Chesnais), revient des États-Unis, tout bascule. Élégant, confiant, ambitieux, il possède exactement ce que Martin n’a pas. Paul s’attache à lui presque immédiatement, au point de l’adouber comme fils spirituel. Le malaise se transforme alors en une humiliation constante pour Martin, qui observe son père glisser peu à peu vers une forme de trahison intime.

Le domaine, d’ordinaire paisible, devient un chaudron où bouillonnent rancœur, jalousie, favoritisme… et un héritage qui ne va pas du tout où il devrait.

Raisons pour le voir :

La force de Tu seras mon fils repose d’abord sur l’interprétation magistrale de Niels Arestrup, d’une dureté presque minérale mais traversée de failles d’émotion qui éclatent par moments.

La mise en scène, sèche et précise, étire la tension sans jamais en faire trop : la tragédie se tisse dans les silences, les regards et ces repas qui dérapent à peine mais suffisamment pour tout fissurer.

Le décor joue lui aussi un rôle essentiel : les vignes, les chais, la terre, tout participe à cette idée de patrimoine sacré, presque mythifié, que les personnages se disputent.

Le film offre également une peinture très juste de la violence psychologique, celle qui humilie, qui mine, qui façonne malgré soi, et mène à un final implacable qui refuse toute facilité.

En toile de fond, il interroge l’héritage comme arme, le besoin vital d’être reconnu par un parent, le poids écrasant du nom et du prestige, ainsi que cette injustice familiale silencieuse qu’on porte toute une vie.

Un film à voir pour les amateurs de drames familiaux tendus, de confrontations psychologiques fines où personne n’est innocent, et d’œuvres françaises profondément ancrées dans un lieu chargé de sens.


Votre serviteur : Lorenzo Garnieri

Les enfants sont rois

Auteur : Delphine de Vigan

Année de parution : 2018

Genre : Roman contemporain / critique sociale

Éditeur : JC Lattès

Résumé

Dans une société dominée par l’image et la visibilité permanente, Mélanie a connu la célébrité grâce à une émission de télé-réalité au début des années 2000. Des années plus tard, elle tente de retrouver cette reconnaissance perdue en exposant ses enfants sur les réseaux sociaux à travers une chaîne familiale suivie par des millions d’abonnés. Lorsque l’un des enfants disparaît, le vernis du succès se fissure brutalement, révélant les dérives d’un monde où l’intime devient un produit et l’enfance un spectacle.

Analyse

Avec Les Enfants sont rois, Delphine de Vigan livre une radiographie implacable de notre rapport à l’exposition de soi. Le roman met en parallèle deux époques — la télé-réalité naissante et l’ère des réseaux sociaux — pour montrer une continuité troublante : le besoin d’exister par le regard des autres. À travers le personnage de Mélanie, l’autrice explore la confusion entre amour parental et quête de reconnaissance, entre protection et exploitation.Le texte interroge aussi la responsabilité collective : celle des parents, bien sûr, mais aussi celle des plateformes, des spectateurs et d’une société qui consomme l’intimité sans jamais en mesurer les conséquences. Sans jamais sombrer dans le jugement frontal, le roman avance comme une enquête morale, où chaque personnage est à la fois victime et complice du système.

À lire pour

Un roman lucide et dérangeant sur la marchandisation de l’enfance et l’illusion de la célébrité. Les Enfants sont rois frappe par sa justesse, sa sobriété et sa capacité à transformer un fait de société en tragédie contemporaine profondément humaine.

Votre serviteur : Lorenzo Garnieri

Le tombeau des lucioles


 Titre original : Hotaru no Haka

Année : 1988

Réalisateur et scénariste : Isao Takahata

D’après la nouvelle de : Akiyuki Nosaka (1967)

Studio : Studio Ghibli

Musique : Michio Mamiya

Résumé

En 1945, à Kobe, Seita et sa petite sœur Setsuko perdent leur mère lors d’un bombardement américain. Le père est au front. Livrés à eux-mêmes dans un pays à l’agonie, ils tentent de survivre entre décombres, faim et indifférence ambiante. Malgré la misère, leurs éclats de joie et d’imagination créent des bulles de lumière dans un monde qui s’effondre. Leur histoire avance comme une chandelle au vent : belle, fragile, tragique.

Contexte et genèse

Le film est adapté d’une nouvelle autobiographique d’Akiyuki Nosaka, qui a perdu sa sœur durant la guerre. Il considérait le texte comme “inadaptable” tant la douleur était intime. Après avoir vu le scénario de Takahata, il a approuvé le projet, estimant que le film serait l’hommage le plus juste que sa sœur puisse recevoir.

Takahata, lui-même marqué par les bombardements qu’il a vécus enfant, a voulu un film non pas accusateur, mais profondément humain, débarrassé de tout manichéisme. Son but était de montrer la guerre comme une mécanique qui broie les plus vulnérables.

Tournage et production

C’est l’un des rares films du studio Ghibli à ne pas être réalisé par Miyazaki, et aussi l’un des plus réalistes. Le jour de sa sortie au Japon, il partageait l’affiche avec Mon Voisin Totoro. L’idée était de proposer un duo contrasté : un film sombre et un film lumineux. Si tous deux ont souffert au box-office, ils ont fini par devenir cultes.

Isao Takahata a choisi une animation volontairement sobre, refusant l’excès de mouvement ou le charme habituel de Ghibli. Il voulait un style presque documentaire, fondé sur l’observation, la lenteur et la retenue. Les décors, les objets, les vêtements et les ruines de Kobe ont été reconstitués d’après des archives de l’époque. Chaque geste des enfants, comme jouer, gratter une boîte de conserve, se laver dans la rivière, a été pensé comme une mémoire fragile de la vie quotidienne en temps de guerre.

La musique, discrète, n’envahit jamais l’image. Elle souligne sans commenter. Takahata tenait à ce silence : pour lui, la guerre est faite de creux, d’attentes et de sons étouffés.

Thèmes et portée

Le film aborde la guerre par l’intime : pas de batailles, pas de stratégie militaire, seulement deux enfants confrontés à l’injustice, à la solitude et à la lente désagrégation du monde adulte. À travers eux, il explore la responsabilité collective, l’indifférence sociale, l’amour fraternel comme dernier refuge, et la fragilité de l’enfance face à la violence historique. Le Tombeau des lucioles demeure, encore aujourd’hui, l’une des œuvres les plus puissantes sur la guerre et sur ses victimes invisibles.

À voir pour

Un film d’animation d’une intensité unique, bouleversant mais jamais appuyé. Une ode à la dignité et à la tendresse dans un monde brisé. Takahata signe une œuvre humaniste, inoubliable et absolument essentielle.

Votre serviteur Lorenzo Garnieri

As Bestas


 Film de Rodrigo Sorogoyen (2022)

Avec Denis Ménochet, Marina Foïs, Luis Zahera, Diego Anido.

Scénario : Isabel Peña & Rodrigo Sorogoyen

Musique : Olivier Arson

Montage : Alberto del Campo

Résumé

Antoine et Olga, un couple de Français quinquagénaires, ont quitté la ville pour vivre dans un village reculé de Galice. Ils restaurent une ferme, cultivent la terre, participent à la vie locale… mais leur présence n’est pas bien accueillie par tout le monde. Deux frères du coin, Xan et Loren, les voient comme des intrus qui bloquent leurs projets et menacent « l’ordre » du village. Ce qui pourrait n’être qu’un simple conflit de voisinage se transforme peu à peu en guerre sourde, poisseuse, presque primitive. Les regards deviennent des menaces, les mots des armes, et la terre elle-même semble prête à exploser sous les tensions. Sorogoyen étire ce malaise jusqu’à l’insupportable, sans jamais perdre l’humain de vue.

Ce qui fait la force du film

As Bestas s’impose d’abord par son réalisme cru, presque animal. Sorogoyen joue avec les nerfs du spectateur, créant un climat d’hostilité rampante où chaque scène semble sur le point de déraper. Denis Ménochet et Marina Foïs offrent des performances d’une intensité rare, tandis que Luis Zahera, impressionnant de brutalité contenue, donne au film une énergie proche du thriller rural. La mise en scène, profondément immersive, utilise la nature comme un personnage : le vent, les collines, la boue, tout devient vecteur de tension. Le montage d’Alberto del Campo resserre l’étau scène après scène, et la musique d’Olivier Arson ajoute une pulsation presque organique.

Thèmes abordés

Le film explore avec une précision presque chirurgicale la xénophobie rurale et ces tensions sourdes entre habitants « de toujours » et nouveaux arrivants. Il scrute cette zone grise où la civilisation et la sauvagerie se frôlent jusqu’à s’effriter, révélant ce qu’il reste de l’humain quand le territoire devient un enjeu vital. As Bestas interroge également le rapport viscéral à la terre, au travail paysan, à ce que l’on possède ou croit posséder, et à ce qu’on est prêt à défendre coûte que coûte.

Pour qui ?

Pour celles et ceux qui aiment les drames tendus comme un câble, les films qui scrutent les rapports humains à la loupe, et les œuvres où la nature devient une force dramatique à part entière. As Bestas est un coup de poing, puissant, maîtrisé, impossible à oublier.

Votre serviteur Lorenzo Garnieri

Les Fables de l'Humpur

 

Auteur : Pierre Bordage

Année de parution : 1995

Genre : Science-fantasy / roman d’anticipation

Éditeur : L’Atalante

L’auteur

Pierre Bordage (né en 1955) est l’une des grandes voix de la science-fiction française contemporaine. Connu pour ses sagas épiques (Les Guerriers du Silence, Wang), il mêle aventure, spiritualité et critique sociale dans une langue riche et imagée. Son œuvre explore souvent la frontière entre le mythe et la science.

Son roman, "Les fables de l'Humpur", a reçu en 2000 le grand prix Paul-Féval de littérature populaire décerné par la Société des gens de lettres. Il a également reçu le prix Imaginales des lycéens en 2005.

Résumé

Dans un futur lointain où le monde est en pleine régression, des créatures mi-humaines mi-animales vivent sous la loi de “l’Humpur”. Dégoûté par les rites bestiaux de sa tribu, Véhir, un jeune grogne, décide de fuir cet ordre figé et part dans le grand centre afin d'y trouver les derniers dieux humains dans une odyssée initiatique, pleine de découvertes et d'interrogations.

À lire pour

Plus qu'un roman, "Les Fables de l'Humpur" est une parabole humaniste qui met en scène des créatures hybrides de différentes espèces au langage abâtardi et adapté à son royaume. Outre ses thèmes de tolérance, de transmission et des fondements d'une civilisation, le roman questionne aussi sur la peur de l’autre, la mémoire collective et le poids des mythes dans un texte foisonnant et accessible, porté par une écriture vivante, parfois drôle, souvent lyrique mais aussi cruel.

Votre serviteur Lorenzo Garnieri

The Constant Gardener

 


Année : 2005

Réalisateur : Fernando Meirelles
Scénariste : Jeffrey Caine
D’après le roman de : John le Carré
Acteurs principaux : Ralph Fiennes, Rachel Weisz, Danny Huston, Bill Nighy
Montage : Claire Simpson
Musique : Alberto Iglesias
Genre : Thriller politique / drame
Durée : 2h09

Résumé

Justin Quayle, diplomate britannique discret et réservé, mène une vie paisible au Kenya avec sa femme Tessa, une militante passionnée et idéaliste. Lorsque celle-ci est retrouvée assassinée dans des circonstances mystérieuses, tout semble indiquer un crime banal.

Mais Justin refuse cette version. Peu à peu, en remontant les traces laissées par sa femme, il découvre un scandale international mêlant grandes compagnies pharmaceutiques, corruption politique et expérimentations médicales douteuses. Ce qui commence comme une quête personnelle devient alors une enquête dangereuse, où la vérité menace des intérêts bien plus puissants qu’il ne l’imaginait.

Analyse

Avec The Constant Gardener, Fernando Meirelles livre un thriller politique intense qui mêle enquête, drame intime et dénonciation sociale. Le film ne repose pas seulement sur son intrigue, mais aussi sur la transformation progressive de son personnage principal. Justin Quayle, d’abord effacé et presque passif, se révèle peu à peu à travers l’absence de sa femme et l’héritage moral qu’elle lui laisse.

La mise en scène adopte un style nerveux et immersif, proche du documentaire par moments. Les paysages africains ne servent pas seulement de décor : ils participent pleinement à l’atmosphère du film, entre beauté brute et réalité sociale souvent dure. Meirelles filme l’Afrique avec une énergie et une sensibilité qui donnent au récit une dimension humaine très forte.

Le film repose aussi sur la puissance de son duo d’acteurs. Ralph Fiennes incarne avec retenue un homme bouleversé qui découvre trop tard l’ampleur du combat mené par celle qu’il aimait. Rachel Weisz, lumineuse et déterminée, donne à son personnage une présence qui continue de hanter le film même après sa disparition.

Thèmes abordés

Le film explore la corruption politique et économique, notamment les dérives de certaines grandes entreprises pharmaceutiques prêtes à tout pour tester et commercialiser leurs produits.

Il interroge aussi la responsabilité morale face à l’injustice, à travers le parcours d’un homme ordinaire qui se retrouve confronté à des forces qui le dépassent.

Enfin, au cœur du récit se trouve une histoire d’amour tragique, où la quête de vérité devient aussi une manière de comprendre et d’honorer la personne perdue.

À voir pour

Un thriller politique intelligent et bouleversant, porté par une mise en scène immersive et deux performances remarquables. The Constant Gardener réussit à mêler enquête haletante, émotion intime et réflexion sur les dérives du pouvoir. Un film à la fois engagé et profondément humain.

Votre serviteur Lorenzo Garnieri

L'enchanteur (de Barjavel)

 


Auteur : René Barjavel

Année de parution : 1984

Genre : Roman / réécriture mythique / fantasy poétique

Éditeur : Denoël

L’auteur

René Barjavel (1911-1985) est l’un des écrivains majeurs de la littérature française du XXᵉ siècle. Connu pour ses romans d’anticipation (La Nuit des temps, Ravage), il mêle dans toute son œuvre science, amour et spiritualité. L’Enchanteur, son dernier roman, condense son regard émerveillé et mélancolique sur le monde.

Résumé

Barjavel revisite la légende arthurienne à travers le regard de Merlin, l’éternel magicien, chargé de guider les chevaliers vers le Graal. Ici, la magie n’est pas un art de puissance mais une force spirituelle, nourrie d’amour et de doute. Autour de Merlin gravitent Arthur, Lancelot, Guenièvre, Viviane... des figures mythiques rendues profondément humaines. La quête du Graal devient une quête intérieure, où se mêlent lumière, ombre et désir de rédemption.

À lire pour

Parce que Barjavel transforme la légende du roi Arthur en une méditation poétique sur l’amour, la foi et la fragilité des héros. Son écriture fluide et musicale tisse un récit à la fois mystique et intime, où chaque page invite à la contemplation. L’Enchanteur est moins une aventure qu’un enchantement : une fable sur la beauté et la vulnérabilité du cœur humain.

Votre serviteur Lorenzo Garnieri

100 dollars pour un shérif


Film de Henry Hathaway (1969)

Titre original : True Grit  

Réalisation : Henry Hathaway

Scénario : Marguerite Roberts, d’après le roman True Grit de Charles Portis

Production : Hal B. Wallis

Musique : Elmer Bernstein

Photographie : Lucien Ballard

Montage : Warren Low

PJohn Wayne dans 100 dollars pour un shériffays : États‑Unis

Genre : Western, drame

Durée : 128 min

Sortie : 1969 (USA), 1970 (France)

Distribution principale

  • John Wayne : Rooster Cogburn

  • Kim Darby : Mattie Ross

  • Glen Campbell : LaBoeuf

  • Robert Duvall : “Lucky” Ned Pepper

  • Jeff Corey : Tom Chaney

Résumé

Mattie Ross, quatorze ans, veut venger la mort de son père, assassiné par Tom Chaney. Déterminée, méthodique, intraitable, elle engage Rooster Cogburn, un marshal borgne, ivrogne et redoutablement efficace, pour traquer le meurtrier réfugié en territoire indien. Un Texas Ranger, LaBoeuf, poursuit lui aussi Chaney pour une autre affaire. Tous trois se lancent dans une chevauchée semée de dangers, où la ténacité de Mattie et la rudesse de Cogburn forment un duo aussi improbable que profondément humain.

Ce qui fait la force du film

100 dollars pour un shérif puise sa force dans cette rencontre improbable entre une enfant obstinée et un marshal fatigué, comme si le western, soudain, se souvenait qu’il pouvait encore être un conte initiatique. Le film avance avec la lenteur majestueuse des paysages qu’il traverse : des vallées rousses, des forêts d’hiver, des plaines où la poussière semble garder la mémoire des hommes qui les ont foulées.

Au cœur de ce décor, John Wayne impose une présence crépusculaire. Rooster Cogburn n’est pas seulement un dur à cuire borgne et imbibé : c’est un homme qui a trop vécu, trop tiré, trop perdu. Hathaway filme ce corps massif comme un vestige de l’Ouest ancien, un colosse qui n’a plus que sa mauvaise foi et son panache pour tenir debout. Et pourtant, derrière la barbe mal taillée et les jurons, quelque chose se fissure : une humanité brusque, maladroite, presque émouvante.

Face à lui, Mattie Ross avance comme une flèche. Sa détermination n’a rien d’enfantin : elle est droite, inflexible, presque biblique. C’est elle qui porte le film, qui le tire vers la lumière, qui oblige les adultes à se souvenir de ce qu’ils ont cessé d’être. Leur duo fonctionne comme un miroir inversé : l’une monte vers la maturité, l’autre descend doucement vers la rédemption.

La mise en scène, classique en apparence, se révèle d’une grande finesse. Hathaway ne cherche pas l’esbroufe : il laisse respirer les visages, les silences, les hésitations. Il filme l’Ouest non comme un mythe flamboyant, mais comme un territoire où l’on vieillit, où l’on doute, où l’on se trompe. La violence y est sèche, brève, sans romantisme — mais l’émotion, elle, affleure dans les interstices, dans un regard, dans un geste maladroit, dans un éclat de rire qui surprend tout le monde.

Et puis il y a la musique d’Elmer Bernstein, ample, lumineuse, qui donne au film une dimension presque élégiaque. Elle accompagne la chevauchée finale comme un souffle d’espoir, comme si l’Ouest, malgré tout, avait encore quelque chose à offrir à ceux qui osent le traverser.

Le remake :  Plus de quarante ans plus tard, les frères Coen revisiteront cette histoire avec True Grit (2010), en lui donnant une tonalité plus âpre, plus littérale, plus fidèle au roman. Leur version, admirable à sa manière, éclaire rétrospectivement celle de Hathaway : elle révèle combien le film de 1969, derrière son classicisme, porte déjà une mélancolie de fin de piste, un parfum de crépuscule que les Coen pousseront jusqu’à l’os.

Thèmes abordés

  • Justice et vengeance : la quête de Mattie révèle la complexité morale du monde adulte.

  • Transmission et maturité : une enfant qui grandit, un homme qui se rachète.

  • Fin d’un monde : un Ouest qui s’effrite, filmé avec douceur et lucidité.

  • Courage et ténacité : ce “True Grit” qui donne son titre au roman et au film.

Pour qui ?

Pour les amateurs de westerns classiques, de grandes figures hollywoodiennes et de récits initiatiques. Pour celles et ceux qui veulent découvrir un John Wayne plus vulnérable, plus nuancé, loin de son image de héros invincible. Pour les spectateurs sensibles aux films d’aventure où l’humain prime sur le spectaculaire, et où la poussière des chemins raconte autant que les dialogues. Et pour ceux qui aiment comparer deux visions d’une même histoire : l’élégance crépusculaire de Hathaway et la sécheresse implacable des Coen.

Votre serviteur Lorenzo Garnieri

mardi 10 février 2026

Les Vieux de la Vieille


Film de Gilles Grangier (1960)

Avec Jean Gabin, Pierre Fresnay, Noël-Noël, Yvonne Monlaur

Dialogues Michel Audiard

D’après le roman La Vieille Dame de Bayeux de René Fallet

Musique Jean Yatove

Montage Jacqueline Sadoul

Résumé

Dans un village du Bourbonnais, trois vieux compères — Baptiste, Jean-Marie et Blaise — décident de quitter leur routine campagnarde pour entrer ensemble à la maison de retraite de Gouyette. Leur réputation de fortes têtes les précède, et leur arrivée déclenche une série de situations aussi cocasses que révélatrices. Entre mauvaise foi, coups de gueule, amitié indéfectible et résistance farouche à l’ordre établi, ces « vieux de la vieille » bousculent joyeusement les habitudes du village et de l’institution qui les accueille.

Ce qui fait la force du film

Les Vieux de la vieille repose d’abord sur la puissance comique et humaine de son trio d’acteurs. Gabin, Fresnay et Noël-Noël composent trois figures rurales aussi truculentes qu’attachantes, portées par les dialogues ciselés d’Audiard, où la gouaille se mêle à une tendresse pudique.

Le film déploie un réalisme rural chaleureux, loin de toute caricature. Grangier filme la France paysanne avec précision, humour et une pointe de nostalgie. Les paysages, les intérieurs, les gestes du quotidien deviennent le décor d’une comédie profondément humaine, où l’humour naît autant des situations que des caractères.

La mise en scène, discrète mais efficace, laisse toute la place au rythme des échanges, aux silences éloquents, aux regards entendus. Le montage accompagne cette fluidité, donnant au film une allure de balade champêtre ponctuée de saillies verbales.

Thèmes abordés

  • Vieillesse et dignité : trois hommes qui veulent rester maîtres de leur vie.
  • Amitié masculine : une solidarité rugueuse, faite de chamailleries et de fidélité.
  • France rurale d’après-guerre : traditions, lente modernisation, institutions dépassées.
  • Liberté individuelle : refuser qu’on dicte sa conduite, même sous couvert de bienveillance.

Pour qui ?

Pour celles et ceux qui aiment les comédies françaises à l’ancienne, portées par des dialogues savoureux et des personnages hauts en couleur. Pour les amateurs de films qui scrutent la vie rurale avec humour et humanité. Pour les spectateurs sensibles aux œuvres où la parole — gouailleuse, tendre, parfois féroce — devient un véritable moteur dramatique. Et pour tous ceux qui veulent retrouver un cinéma populaire, chaleureux, où l’on rit autant qu’on observe la condition humaine.

Votre serviteur, Lorenzo Garnieri

samedi 13 août 2016

Une belle fin




Titre original : Still Life

Année : 2013

Réalisateur : Uberto Pasolini

Scénariste : Uberto Pasolini

Acteurs principaux : Eddie Marsan, Joanne Froggatt, Karen Drury, Andrew Buchan

Montage : Tracy Granger

Musique : Rachel Portman

Photographie : Stefano Falivene

Production : Exponential Media / Embargo Films

Résumé

John May, employé de mairie dans un quartier londonien, a pour tâche d’organiser les funérailles des personnes mortes seules. Méticuleux et discret, il consacre sa vie à redonner un peu de dignité à ceux que plus personne ne réclame. Lorsqu’il apprend la suppression de son poste, il se lance dans sa dernière enquête : retrouver la famille d’un homme inconnu.

Contexte et tournage

Tourné en 2012 entre Londres et le Surrey, le film a été produit par Uberto Pasolini lui-même, connu aussi pour avoir produit The Full Monty. Pasolini s’est inspiré d’un fait réel : le service municipal chargé d’enterrer les morts sans proches.Le tournage s’est voulu minimaliste, avec des décors sobres et une lumière très contrôlée. Eddie Marsan, acteur fétiche des seconds rôles britanniques, y trouve l’un de ses rôles les plus intériorisés. La photographie, dominée par des tons gris et bleus, renforce le sentiment de solitude et de dignité silencieuse.

Thèmes et portée

Une belle fin parle de la mort, bien sûr, mais surtout de la tendresse cachée dans la routine. C’est un film sur la dignité, la bienveillance et la trace minuscule qu’on laisse dans le monde. Pasolini évite le pathos : il filme le silence, la lenteur, la beauté discrète des gestes simples.

À voir pour

Un film d’une grande délicatesse, porté par la performance subtile d’Eddie Marsan et la musique mélancolique de Rachel Portman. Sobre, lumineux et bouleversant dans sa simplicité.

Mon avis : 

La meilleure façon de réussir sa vie est de ne pas rater sa mort. Je m'explique, afin de dissiper tout malentendu. Le jour du grand départ, que laisserons-nous derrière nous ? Quels souvenirs ? Quelles images ? Quel héritage ?

J'ai beau croire en un dieu, je ne suis pas pour autant religieux, et je pense même que la religion n'a plus sa place dans la société d'aujourd'hui. Mais, comme nous tous, des questions demeurent, et des angoisses perdurent. Puis me vient cette phrase de Terry Pratchett : "Là où je suis, la Mort n'y est pas, et lorsqu'elle arrive, je n'y suis plus." Dans son œuvre Le Disque-Monde, Pratchett nous fait comprendre qu'avant de penser à la Mort, il faut penser à vivre.

Et nous voilà avec Une Belle Fin d'Uberto Pasolini, qui traite du sujet à la perfection en nous faisant réfléchir à travers un petit bonhomme austère, mais intègre et généreux. Intègre envers la société, généreux envers les... morts, surtout les personnes récemment décédées. (Il faut quand même préciser que ce film a été vendu comme une comédie.)

À travers ce personnage très attachant, nous allons découvrir que la vie, ce n'est pas cela, ce n'est pas ce que l'on voit, ce n'est pas ce liquide visqueux dans lequel on patauge et que l'on appelle la société, fléau générateur de solitude. Car la solitude est un autre sujet abordé dans Une Belle Fin. En définitive, si nous baissons la tête dans le but de faire bonne figure auprès de notre patron, dans l'attente d'un remerciement, pardon, d'un hypothétique remerciement, nous faisons fausse route. Nous nous enfermons dans un monde de solitude où nous ne connaissons plus nos voisins, où nous oublions les odeurs, les saveurs, la beauté. Et pire, nous nous vautrons dans la solitude et la frustration, oubliant ce que la vie renferme de plus merveilleux, et n'en gardons que ce qui est terne et froid. Au final, pourquoi ? Je n'ai pas envie de dire "pour rien", car c'est simplement le chemin qui n'est pas bon, et j'ai envie de dire que c'est à nous de créer notre but, puisque c'est nous qui animons nos vies au final, même si des événements viennent perturber ou agrémenter notre parcours.

Je ne sais pas s'il y a une vie éternelle, je verrai cela en temps voulu, mais je sais que je ne voudrais pas voir mon image disparaître en même temps que moi. C'est peut-être pour ça que la vieillesse fait peur. Archétype de la solitude (ce mot revient toujours), mais aussi d'une mémoire atrophiée. La vieillesse, c'est un peu comme si l'on effaçait le meilleur de nous-mêmes de la carte mémoire de l'existence.
Pour avoir assisté à des enterrements, l'une des images les plus frappantes que j'en garde, c'est que chaque personne venue accompagner le défunt est un fragment de sa vie. Et irrémédiablement, en fonction de notre vécu avec cette personne, des réminiscences de l'être aimé et disparu interviennent sans prévenir : sur une phrase, une vision, une odeur, un objet. C'est peut-être ça que l'on appelle un fantôme.

C'est le message de Uberto Pasolini, en tout cas, et contrairement à tout ce que je viens de dire, Une Belle Fin est un film lumineux et coloré qui illustre très bien que la solitude est le début de la mort, tandis que le souvenir est un prolongement de la vie.

Votre serviteur : Lorenzo Garnieri