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lundi 9 mars 2026

Willow


Année : 1988

Réalisateur : Ron Howard

Scénario : Bob Dolman, d’après une histoire de George Lucas

Acteurs principaux : Warwick Davis, Val Kilmer, Joanne Whalley, Jean Marsh

Musique : James Horner

Genre : Fantasy / aventure

Résumé

Dans un monde médiéval peuplé de royaumes, de créatures fantastiques et de sorcellerie, un simple fermier Nelwyn nommé Willow Ufgood voit sa vie basculer lorsqu’il découvre un nourrisson abandonné sur les rives d’une rivière.

L’enfant n’est pas ordinaire : une prophétie annonce qu’elle mettra fin au règne de la terrible reine Bavmorda. Chargé malgré lui de protéger le bébé, Willow se retrouve entraîné dans une aventure qui le dépasse. Sur sa route, il croise le mercenaire bravache Madmartigan et plusieurs alliés inattendus. Ensemble, ils devront affronter les armées de la reine et déjouer ses sortilèges pour accomplir un destin qui pourrait changer l’équilibre du monde.

Analyse

Avec Willow, Ron Howard signe un grand récit d’aventure fantastique dans la tradition des contes et des légendes médiévales. Le film mélange plusieurs influences : l’héroïsme des grandes quêtes mythiques, l’humour des récits d’aventure et la magie spectaculaire propre au cinéma des années 1980.

L’une des forces du film tient à son héros inhabituel. Willow n’est ni un guerrier ni un prince : c’est un homme ordinaire, maladroit et hésitant, qui se découvre peu à peu un courage et une sagesse insoupçonnés. Cette figure de héros improbable donne au récit une dimension touchante et accessible.

Le film est également marqué par l’énergie de Val Kilmer, dont le personnage de Madmartigan apporte un mélange d’ironie, de bravoure et de panache. Le contraste entre le petit magicien prudent et le guerrier flamboyant donne au duo une dynamique très vivante.

Visuellement, Willow appartient à une période charnière du cinéma fantastique. Effets spéciaux artisanaux, maquillages, créatures et premières expérimentations numériques se mêlent pour créer un univers riche et coloré. La musique ample de James Horner renforce encore la dimension épique et émotionnelle du voyage.

Au fil du temps, le film est devenu une œuvre culte pour toute une génération de spectateurs, appréciée pour son mélange de merveilleux, d’humour et d’aventure.

Thèmes abordés

Le film explore l’idée du héros inattendu, celui qui ne semblait pas destiné à accomplir de grandes choses mais qui se révèle face à l’adversité.

Il aborde aussi la quête initiatique, le passage d’un monde familier vers un univers dangereux qui transforme profondément ceux qui s’y aventurent.

Enfin, Willow parle de courage, d’amitié et de transmission, à travers la protection d’un enfant dont l’avenir représente l’espoir d’un monde libéré de la tyrannie.

Pourquoi voir ce film ?

Parce qu’il incarne l’esprit de la fantasy d’aventure des années 1980 : un mélange de magie, d’humour, de personnages attachants et de grande épopée. Un film généreux, qui garde aujourd’hui encore le charme des contes qu’on raconte au coin du feu.

Votre serviteur Lorenzo Garnieri



Tu seras mon fils


 Film de Gilles Legrand (2011)

Co-écrit avec : Delphine de Vigan

Avec Niels Arestrup, Lorànt Deutsch, Nicolas Bridet, Anne Marivin, Patrick Chesnais, Valérie Mairesse.

Résumé

Dans un prestigieux domaine de Saint-Émilion, Paul de Marseul règne en maître absolu. C’est un vigneron brillant, charismatique… mais aussi tyrannique, méprisant, presque cruel dans ses silences comme dans ses paroles. Son fils, Martin, travaille pourtant avec lui depuis des années, dans l’espoir d’être enfin reconnu comme digne successeur. Mais Paul ne voit en lui qu’un héritier médiocre, incapable d’être à la hauteur du nom et du vin familial.

Quand Philippe, le fils de l’intendant (interprété par Patrick Chesnais), revient des États-Unis, tout bascule. Élégant, confiant, ambitieux, il possède exactement ce que Martin n’a pas. Paul s’attache à lui presque immédiatement, au point de l’adouber comme fils spirituel. Le malaise se transforme alors en une humiliation constante pour Martin, qui observe son père glisser peu à peu vers une forme de trahison intime.

Le domaine, d’ordinaire paisible, devient un chaudron où bouillonnent rancœur, jalousie, favoritisme… et un héritage qui ne va pas du tout où il devrait.

Raisons pour le voir :

La force de Tu seras mon fils repose d’abord sur l’interprétation magistrale de Niels Arestrup, d’une dureté presque minérale mais traversée de failles d’émotion qui éclatent par moments.

La mise en scène, sèche et précise, étire la tension sans jamais en faire trop : la tragédie se tisse dans les silences, les regards et ces repas qui dérapent à peine mais suffisamment pour tout fissurer.

Le décor joue lui aussi un rôle essentiel : les vignes, les chais, la terre, tout participe à cette idée de patrimoine sacré, presque mythifié, que les personnages se disputent.

Le film offre également une peinture très juste de la violence psychologique, celle qui humilie, qui mine, qui façonne malgré soi, et mène à un final implacable qui refuse toute facilité.

En toile de fond, il interroge l’héritage comme arme, le besoin vital d’être reconnu par un parent, le poids écrasant du nom et du prestige, ainsi que cette injustice familiale silencieuse qu’on porte toute une vie.

Un film à voir pour les amateurs de drames familiaux tendus, de confrontations psychologiques fines où personne n’est innocent, et d’œuvres françaises profondément ancrées dans un lieu chargé de sens.


Votre serviteur : Lorenzo Garnieri

Le tombeau des lucioles


 Titre original : Hotaru no Haka

Année : 1988

Réalisateur et scénariste : Isao Takahata

D’après la nouvelle de : Akiyuki Nosaka (1967)

Studio : Studio Ghibli

Musique : Michio Mamiya

Résumé

En 1945, à Kobe, Seita et sa petite sœur Setsuko perdent leur mère lors d’un bombardement américain. Le père est au front. Livrés à eux-mêmes dans un pays à l’agonie, ils tentent de survivre entre décombres, faim et indifférence ambiante. Malgré la misère, leurs éclats de joie et d’imagination créent des bulles de lumière dans un monde qui s’effondre. Leur histoire avance comme une chandelle au vent : belle, fragile, tragique.

Contexte et genèse

Le film est adapté d’une nouvelle autobiographique d’Akiyuki Nosaka, qui a perdu sa sœur durant la guerre. Il considérait le texte comme “inadaptable” tant la douleur était intime. Après avoir vu le scénario de Takahata, il a approuvé le projet, estimant que le film serait l’hommage le plus juste que sa sœur puisse recevoir.

Takahata, lui-même marqué par les bombardements qu’il a vécus enfant, a voulu un film non pas accusateur, mais profondément humain, débarrassé de tout manichéisme. Son but était de montrer la guerre comme une mécanique qui broie les plus vulnérables.

Tournage et production

C’est l’un des rares films du studio Ghibli à ne pas être réalisé par Miyazaki, et aussi l’un des plus réalistes. Le jour de sa sortie au Japon, il partageait l’affiche avec Mon Voisin Totoro. L’idée était de proposer un duo contrasté : un film sombre et un film lumineux. Si tous deux ont souffert au box-office, ils ont fini par devenir cultes.

Isao Takahata a choisi une animation volontairement sobre, refusant l’excès de mouvement ou le charme habituel de Ghibli. Il voulait un style presque documentaire, fondé sur l’observation, la lenteur et la retenue. Les décors, les objets, les vêtements et les ruines de Kobe ont été reconstitués d’après des archives de l’époque. Chaque geste des enfants, comme jouer, gratter une boîte de conserve, se laver dans la rivière, a été pensé comme une mémoire fragile de la vie quotidienne en temps de guerre.

La musique, discrète, n’envahit jamais l’image. Elle souligne sans commenter. Takahata tenait à ce silence : pour lui, la guerre est faite de creux, d’attentes et de sons étouffés.

Thèmes et portée

Le film aborde la guerre par l’intime : pas de batailles, pas de stratégie militaire, seulement deux enfants confrontés à l’injustice, à la solitude et à la lente désagrégation du monde adulte. À travers eux, il explore la responsabilité collective, l’indifférence sociale, l’amour fraternel comme dernier refuge, et la fragilité de l’enfance face à la violence historique. Le Tombeau des lucioles demeure, encore aujourd’hui, l’une des œuvres les plus puissantes sur la guerre et sur ses victimes invisibles.

À voir pour

Un film d’animation d’une intensité unique, bouleversant mais jamais appuyé. Une ode à la dignité et à la tendresse dans un monde brisé. Takahata signe une œuvre humaniste, inoubliable et absolument essentielle.

Votre serviteur Lorenzo Garnieri

As Bestas


 Film de Rodrigo Sorogoyen (2022)

Avec Denis Ménochet, Marina Foïs, Luis Zahera, Diego Anido.

Scénario : Isabel Peña & Rodrigo Sorogoyen

Musique : Olivier Arson

Montage : Alberto del Campo

Résumé

Antoine et Olga, un couple de Français quinquagénaires, ont quitté la ville pour vivre dans un village reculé de Galice. Ils restaurent une ferme, cultivent la terre, participent à la vie locale… mais leur présence n’est pas bien accueillie par tout le monde. Deux frères du coin, Xan et Loren, les voient comme des intrus qui bloquent leurs projets et menacent « l’ordre » du village. Ce qui pourrait n’être qu’un simple conflit de voisinage se transforme peu à peu en guerre sourde, poisseuse, presque primitive. Les regards deviennent des menaces, les mots des armes, et la terre elle-même semble prête à exploser sous les tensions. Sorogoyen étire ce malaise jusqu’à l’insupportable, sans jamais perdre l’humain de vue.

Ce qui fait la force du film

As Bestas s’impose d’abord par son réalisme cru, presque animal. Sorogoyen joue avec les nerfs du spectateur, créant un climat d’hostilité rampante où chaque scène semble sur le point de déraper. Denis Ménochet et Marina Foïs offrent des performances d’une intensité rare, tandis que Luis Zahera, impressionnant de brutalité contenue, donne au film une énergie proche du thriller rural. La mise en scène, profondément immersive, utilise la nature comme un personnage : le vent, les collines, la boue, tout devient vecteur de tension. Le montage d’Alberto del Campo resserre l’étau scène après scène, et la musique d’Olivier Arson ajoute une pulsation presque organique.

Thèmes abordés

Le film explore avec une précision presque chirurgicale la xénophobie rurale et ces tensions sourdes entre habitants « de toujours » et nouveaux arrivants. Il scrute cette zone grise où la civilisation et la sauvagerie se frôlent jusqu’à s’effriter, révélant ce qu’il reste de l’humain quand le territoire devient un enjeu vital. As Bestas interroge également le rapport viscéral à la terre, au travail paysan, à ce que l’on possède ou croit posséder, et à ce qu’on est prêt à défendre coûte que coûte.

Pour qui ?

Pour celles et ceux qui aiment les drames tendus comme un câble, les films qui scrutent les rapports humains à la loupe, et les œuvres où la nature devient une force dramatique à part entière. As Bestas est un coup de poing, puissant, maîtrisé, impossible à oublier.

Votre serviteur Lorenzo Garnieri

100 dollars pour un shérif


Film de Henry Hathaway (1969)

Titre original : True Grit  

Réalisation : Henry Hathaway

Scénario : Marguerite Roberts, d’après le roman True Grit de Charles Portis

Production : Hal B. Wallis

Musique : Elmer Bernstein

Photographie : Lucien Ballard

Montage : Warren Low

PJohn Wayne dans 100 dollars pour un shériffays : États‑Unis

Genre : Western, drame

Durée : 128 min

Sortie : 1969 (USA), 1970 (France)

Distribution principale

  • John Wayne : Rooster Cogburn

  • Kim Darby : Mattie Ross

  • Glen Campbell : LaBoeuf

  • Robert Duvall : “Lucky” Ned Pepper

  • Jeff Corey : Tom Chaney

Résumé

Mattie Ross, quatorze ans, veut venger la mort de son père, assassiné par Tom Chaney. Déterminée, méthodique, intraitable, elle engage Rooster Cogburn, un marshal borgne, ivrogne et redoutablement efficace, pour traquer le meurtrier réfugié en territoire indien. Un Texas Ranger, LaBoeuf, poursuit lui aussi Chaney pour une autre affaire. Tous trois se lancent dans une chevauchée semée de dangers, où la ténacité de Mattie et la rudesse de Cogburn forment un duo aussi improbable que profondément humain.

Ce qui fait la force du film

100 dollars pour un shérif puise sa force dans cette rencontre improbable entre une enfant obstinée et un marshal fatigué, comme si le western, soudain, se souvenait qu’il pouvait encore être un conte initiatique. Le film avance avec la lenteur majestueuse des paysages qu’il traverse : des vallées rousses, des forêts d’hiver, des plaines où la poussière semble garder la mémoire des hommes qui les ont foulées.

Au cœur de ce décor, John Wayne impose une présence crépusculaire. Rooster Cogburn n’est pas seulement un dur à cuire borgne et imbibé : c’est un homme qui a trop vécu, trop tiré, trop perdu. Hathaway filme ce corps massif comme un vestige de l’Ouest ancien, un colosse qui n’a plus que sa mauvaise foi et son panache pour tenir debout. Et pourtant, derrière la barbe mal taillée et les jurons, quelque chose se fissure : une humanité brusque, maladroite, presque émouvante.

Face à lui, Mattie Ross avance comme une flèche. Sa détermination n’a rien d’enfantin : elle est droite, inflexible, presque biblique. C’est elle qui porte le film, qui le tire vers la lumière, qui oblige les adultes à se souvenir de ce qu’ils ont cessé d’être. Leur duo fonctionne comme un miroir inversé : l’une monte vers la maturité, l’autre descend doucement vers la rédemption.

La mise en scène, classique en apparence, se révèle d’une grande finesse. Hathaway ne cherche pas l’esbroufe : il laisse respirer les visages, les silences, les hésitations. Il filme l’Ouest non comme un mythe flamboyant, mais comme un territoire où l’on vieillit, où l’on doute, où l’on se trompe. La violence y est sèche, brève, sans romantisme — mais l’émotion, elle, affleure dans les interstices, dans un regard, dans un geste maladroit, dans un éclat de rire qui surprend tout le monde.

Et puis il y a la musique d’Elmer Bernstein, ample, lumineuse, qui donne au film une dimension presque élégiaque. Elle accompagne la chevauchée finale comme un souffle d’espoir, comme si l’Ouest, malgré tout, avait encore quelque chose à offrir à ceux qui osent le traverser.

Le remake :  Plus de quarante ans plus tard, les frères Coen revisiteront cette histoire avec True Grit (2010), en lui donnant une tonalité plus âpre, plus littérale, plus fidèle au roman. Leur version, admirable à sa manière, éclaire rétrospectivement celle de Hathaway : elle révèle combien le film de 1969, derrière son classicisme, porte déjà une mélancolie de fin de piste, un parfum de crépuscule que les Coen pousseront jusqu’à l’os.

Thèmes abordés

  • Justice et vengeance : la quête de Mattie révèle la complexité morale du monde adulte.

  • Transmission et maturité : une enfant qui grandit, un homme qui se rachète.

  • Fin d’un monde : un Ouest qui s’effrite, filmé avec douceur et lucidité.

  • Courage et ténacité : ce “True Grit” qui donne son titre au roman et au film.

Pour qui ?

Pour les amateurs de westerns classiques, de grandes figures hollywoodiennes et de récits initiatiques. Pour celles et ceux qui veulent découvrir un John Wayne plus vulnérable, plus nuancé, loin de son image de héros invincible. Pour les spectateurs sensibles aux films d’aventure où l’humain prime sur le spectaculaire, et où la poussière des chemins raconte autant que les dialogues. Et pour ceux qui aiment comparer deux visions d’une même histoire : l’élégance crépusculaire de Hathaway et la sécheresse implacable des Coen.

Votre serviteur Lorenzo Garnieri

mardi 10 février 2026

Les Vieux de la Vieille


Film de Gilles Grangier (1960)

Avec Jean Gabin, Pierre Fresnay, Noël-Noël, Yvonne Monlaur

Dialogues Michel Audiard

D’après le roman La Vieille Dame de Bayeux de René Fallet

Musique Jean Yatove

Montage Jacqueline Sadoul

Résumé

Dans un village du Bourbonnais, trois vieux compères — Baptiste, Jean-Marie et Blaise — décident de quitter leur routine campagnarde pour entrer ensemble à la maison de retraite de Gouyette. Leur réputation de fortes têtes les précède, et leur arrivée déclenche une série de situations aussi cocasses que révélatrices. Entre mauvaise foi, coups de gueule, amitié indéfectible et résistance farouche à l’ordre établi, ces « vieux de la vieille » bousculent joyeusement les habitudes du village et de l’institution qui les accueille.

Ce qui fait la force du film

Les Vieux de la vieille repose d’abord sur la puissance comique et humaine de son trio d’acteurs. Gabin, Fresnay et Noël-Noël composent trois figures rurales aussi truculentes qu’attachantes, portées par les dialogues ciselés d’Audiard, où la gouaille se mêle à une tendresse pudique.

Le film déploie un réalisme rural chaleureux, loin de toute caricature. Grangier filme la France paysanne avec précision, humour et une pointe de nostalgie. Les paysages, les intérieurs, les gestes du quotidien deviennent le décor d’une comédie profondément humaine, où l’humour naît autant des situations que des caractères.

La mise en scène, discrète mais efficace, laisse toute la place au rythme des échanges, aux silences éloquents, aux regards entendus. Le montage accompagne cette fluidité, donnant au film une allure de balade champêtre ponctuée de saillies verbales.

Thèmes abordés

  • Vieillesse et dignité : trois hommes qui veulent rester maîtres de leur vie.
  • Amitié masculine : une solidarité rugueuse, faite de chamailleries et de fidélité.
  • France rurale d’après-guerre : traditions, lente modernisation, institutions dépassées.
  • Liberté individuelle : refuser qu’on dicte sa conduite, même sous couvert de bienveillance.

Pour qui ?

Pour celles et ceux qui aiment les comédies françaises à l’ancienne, portées par des dialogues savoureux et des personnages hauts en couleur. Pour les amateurs de films qui scrutent la vie rurale avec humour et humanité. Pour les spectateurs sensibles aux œuvres où la parole — gouailleuse, tendre, parfois féroce — devient un véritable moteur dramatique. Et pour tous ceux qui veulent retrouver un cinéma populaire, chaleureux, où l’on rit autant qu’on observe la condition humaine.

Votre serviteur, Lorenzo Garnieri

samedi 13 août 2016

Une belle fin




Titre original : Still Life

Année : 2013

Réalisateur : Uberto Pasolini

Scénariste : Uberto Pasolini

Acteurs principaux : Eddie Marsan, Joanne Froggatt, Karen Drury, Andrew Buchan

Montage : Tracy Granger

Musique : Rachel Portman

Photographie : Stefano Falivene

Production : Exponential Media / Embargo Films

Résumé

John May, employé de mairie dans un quartier londonien, a pour tâche d’organiser les funérailles des personnes mortes seules. Méticuleux et discret, il consacre sa vie à redonner un peu de dignité à ceux que plus personne ne réclame. Lorsqu’il apprend la suppression de son poste, il se lance dans sa dernière enquête : retrouver la famille d’un homme inconnu.

Contexte et tournage

Tourné en 2012 entre Londres et le Surrey, le film a été produit par Uberto Pasolini lui-même, connu aussi pour avoir produit The Full Monty. Pasolini s’est inspiré d’un fait réel : le service municipal chargé d’enterrer les morts sans proches.Le tournage s’est voulu minimaliste, avec des décors sobres et une lumière très contrôlée. Eddie Marsan, acteur fétiche des seconds rôles britanniques, y trouve l’un de ses rôles les plus intériorisés. La photographie, dominée par des tons gris et bleus, renforce le sentiment de solitude et de dignité silencieuse.

Thèmes et portée

Une belle fin parle de la mort, bien sûr, mais surtout de la tendresse cachée dans la routine. C’est un film sur la dignité, la bienveillance et la trace minuscule qu’on laisse dans le monde. Pasolini évite le pathos : il filme le silence, la lenteur, la beauté discrète des gestes simples.

À voir pour

Un film d’une grande délicatesse, porté par la performance subtile d’Eddie Marsan et la musique mélancolique de Rachel Portman. Sobre, lumineux et bouleversant dans sa simplicité.

Mon avis : 

La meilleure façon de réussir sa vie est de ne pas rater sa mort. Je m'explique, afin de dissiper tout malentendu. Le jour du grand départ, que laisserons-nous derrière nous ? Quels souvenirs ? Quelles images ? Quel héritage ?

J'ai beau croire en un dieu, je ne suis pas pour autant religieux, et je pense même que la religion n'a plus sa place dans la société d'aujourd'hui. Mais, comme nous tous, des questions demeurent, et des angoisses perdurent. Puis me vient cette phrase de Terry Pratchett : "Là où je suis, la Mort n'y est pas, et lorsqu'elle arrive, je n'y suis plus." Dans son œuvre Le Disque-Monde, Pratchett nous fait comprendre qu'avant de penser à la Mort, il faut penser à vivre.

Et nous voilà avec Une Belle Fin d'Uberto Pasolini, qui traite du sujet à la perfection en nous faisant réfléchir à travers un petit bonhomme austère, mais intègre et généreux. Intègre envers la société, généreux envers les... morts, surtout les personnes récemment décédées. (Il faut quand même préciser que ce film a été vendu comme une comédie.)

À travers ce personnage très attachant, nous allons découvrir que la vie, ce n'est pas cela, ce n'est pas ce que l'on voit, ce n'est pas ce liquide visqueux dans lequel on patauge et que l'on appelle la société, fléau générateur de solitude. Car la solitude est un autre sujet abordé dans Une Belle Fin. En définitive, si nous baissons la tête dans le but de faire bonne figure auprès de notre patron, dans l'attente d'un remerciement, pardon, d'un hypothétique remerciement, nous faisons fausse route. Nous nous enfermons dans un monde de solitude où nous ne connaissons plus nos voisins, où nous oublions les odeurs, les saveurs, la beauté. Et pire, nous nous vautrons dans la solitude et la frustration, oubliant ce que la vie renferme de plus merveilleux, et n'en gardons que ce qui est terne et froid. Au final, pourquoi ? Je n'ai pas envie de dire "pour rien", car c'est simplement le chemin qui n'est pas bon, et j'ai envie de dire que c'est à nous de créer notre but, puisque c'est nous qui animons nos vies au final, même si des événements viennent perturber ou agrémenter notre parcours.

Je ne sais pas s'il y a une vie éternelle, je verrai cela en temps voulu, mais je sais que je ne voudrais pas voir mon image disparaître en même temps que moi. C'est peut-être pour ça que la vieillesse fait peur. Archétype de la solitude (ce mot revient toujours), mais aussi d'une mémoire atrophiée. La vieillesse, c'est un peu comme si l'on effaçait le meilleur de nous-mêmes de la carte mémoire de l'existence.
Pour avoir assisté à des enterrements, l'une des images les plus frappantes que j'en garde, c'est que chaque personne venue accompagner le défunt est un fragment de sa vie. Et irrémédiablement, en fonction de notre vécu avec cette personne, des réminiscences de l'être aimé et disparu interviennent sans prévenir : sur une phrase, une vision, une odeur, un objet. C'est peut-être ça que l'on appelle un fantôme.

C'est le message de Uberto Pasolini, en tout cas, et contrairement à tout ce que je viens de dire, Une Belle Fin est un film lumineux et coloré qui illustre très bien que la solitude est le début de la mort, tandis que le souvenir est un prolongement de la vie.

Votre serviteur : Lorenzo Garnieri





jeudi 11 août 2016

DUNE

Peut-on comparer le film au roman ? De prime abord, je dirais non. Un roman est beaucoup plus détaillé, plus fourni qu'un film. D'ailleurs, il n'y a rien de plus qui m'énerve que d'entendre "Oh ! le roman est beaucoup mieux." Bien évidemment. Ce sont deux matières différentes. Le roman est la réflexion personnelle d'un auteur. Le film est un projet commun, un travail d'équipe sous la direction d'un réalisateur et bien entendu la supervision d'un producteur. Bien entendu, l'éditeur va reprendre le rôle de supervision, mais ce rôle est beaucoup moins oppressant. Ce sont deux métiers différents.


Revenons au sujet. Même si les deux sont incomparables, le film ne cesse de rappeler des éléments du roman d'Herbert qui, rappelons-le, a supervisé le film de David Lynch. Et cette analogie entre le livre et le film est le principal point faible du film. Déjà que celui-ci a mal vieilli, pire que les effets spéciaux ne sont pas géniaux, même pour l'époque (Star Wars et Blade Runner sont passés avant quand même). Et ne parlons pas de la narration... Ah bah non, on va en parler quand-même c'est elle qui casse le film.
 
Alors, je rassure le lecteur de ce billet : je ne cherche pas à casser le film. Au contraire, je cherche à le défendre, surtout quand j'entend que tout le monde fantasme sur la version avortée de Jodorowski oubliant que l'artiste chilien est un très mauvais réalisateur. Car oui, Dune aurait dû être le film de référence dans la Science-Fiction.


Seulement, voilà. Voulant faire du fan-service avant l'heure, Lynch s'est lamentablement planté. Il a tiré du livre tout ce qui le ralentissait à commencer par les pensées des personnages qui lèvent toute empathie, et signe une narration déplorable. Heureusement que les acteurs sont très bons, sinon "Dune" ne serait pas considéré comme un nanar mais comme un véritable navet. Mais nous y reviendrons plus tard.

Là, où Lynch s'est surpassé dans l'art de la confusion est qu'il oublie très souvent l'esprit du livre. A commencer par les ordinateurs qui sont remplacés par les "Mentats", hommes conditionnés à être de véritables logiciels humains. Certes, un film n'est pas tenu de suivre le roman, je veux pour exemple Tom Bombadil dans "le Seigneur des Anneaux" mais quand un film reprend le côté psychédélique et new-âge d'un roman, il faut qu'il assume jusqu'au bout. Bon, ne parlons pas de l'absence de capes chez les Fremens, (là ok, je chipote), de la "polygamie" de Stilgar et celle imposée à Paul Muab-Dib (qui elle aurait pu être développée) ou encore le combat dans l'arène entre Feyd-Rautha (joué par Sting) contre des esclaves. 
 
 
Oui, ce sont des détails, et le syndrome Tom Bombadil tourne autour de mon clavier. Or, David Lynch persiste dans l'art de la dichotomie narrative et s'évertue à faire référence au livre tout en ne le respectant pas. Je parlais de la narration avec les pensées des personnages que Lynch a porté à l'écran et qui polluent le film, que penser des personnages ? Oui les acteurs sont bons ! Oui presque tous les personnages sont là ! Et c'est encore un problème. La présence de certains n'est plus justifié. Déjà que le livre lui-même rencontre ce problème avec certains passages (mais au fil du cycle on comprend leur présence). Je pense à Liet Kynes ou Gurney Halleck dont le rôle dans le film est négligeable. Leur présence saccade le film et l'on assiste à un défilement d'images et de personnages pour assurer le fan service. Marvel n'a rien inventé.

Cette adaptation est difficilement défendable. Surtout depuis un certain Peter Jackson. On l'a bien vu, l'intégrale du "Seigneur des Anneaux" fait 1200 pages et il a fallu 3 films de plus de 3 heures chacun pour l'adapter (et je ne parle pas des versions longues). Le premier tome de Dune fait 800 pages soit l'équivalent d'une trilogie à la Star Wars (soit 3 films de 2heures ou un diptyque de 3heures pour chacun).
 
Et pourtant, il y avait de très bonnes idées et de bonnes initiatives. Je ne sais pas ce qui a été voulu par DiLaurentis et ce qui a été voulu par Lynch. Parait-il que la Director's cut n'est pas mieux (mais au moins on voit Gurney Halleck jouer de la ballisette). D'ailleurs, non seulement je déteste l'expression Director's cut, mais pour moi un film quand il est tourné, il n'a pas à être changé. 
 
Les bonnes idées ? Les pustules et la perversité du Baron Harkonnen. Un excellent méchant dans l'histoire du cinéma. En règle générales, la caractérisation des Harkonnen est très subtile, très intéressante. D'ailleurs, Sting s'en sort pas mal en Feyd-Rautha. Le duel entre Paul et celui-ci est une très bonne scène qui aurait pu avoir plus d'intensité si l'on avait vu ce dernier à l'œuvre un peu plus tôt. Le roman relate un combat dans l'arène entre Feyd-Rautha et des gladiateurs, cette idée aurait pu être creusé et donner plus d'impact.
De même que les deux autres familles, à savoir les Corrinos et les Atréïdes drapés dans de somptueux costumes et donc la caractérisation est fidèle au livre.
 
 
 
"Dune" aurait pu être un meilleur film, une meilleure adaptation. Peut-être qu'un jour quelqu'un en fera un remake intéressant. Reste les livres que je ne saurai que trop vous conseiller et qui vous permettront de savoir pourquoi son adaptation a été un échec.

Et ne me parlez pas de Jodorowski.

Votre Serviteur

Lorenzo Garnieri

dimanche 24 avril 2016

After Hours

Martin Scorsese a tourné de grands films avec de grands comédiens. Mais il a aussi tourné de petits bijoux avec des acteurs moins connus. Car, il faut le reconnaître, lorsqu'on parle de Scorsese, soit on évoque ses films de mafia, soit on débat sur quelle période entre DeNiro et DiCaprio est la meilleure. Sauf qu'on oublie ce petit bijou qu'est "After Hours" qui met en scène l'excellent et trop méconnu Griffin Dunn.

Commençons par le pitch : un homme, de ce qu'il y a de plus commun rencontre une femme. Ils discutent et se donnent rendez-vous. Hélas, pour le pauvre diable campé par Griffin Dunn rien de va se passer comme prévu et le film va partir dans un rythme endiablé, une suite de mésaventures rocambolesques pour le pauvre garçon qui voulait juste passer une soirée agréable avec une jeune fille. Et je m'arrêterai là pour ne pas dévoiler toute l'histoire.


Car oui, l'intrigue est sujet à de multiples rebondissements, où nous, spectateurs nous ne pouvons qu'éprouver que de l'empathie pour Griffin Dunn. Le choix de ce dernier est judicieux parce qu'en prenant un inconnu comme principal protagoniste, nous nous identifions facilement à ce personnage qui aurait dû rester chez lui au lieu de rencontrer des personnes loufoques et complètement barrés. Lui il veut juste rentrer chez lui, eux veulent lui faire la peau. Une nuit de célibataire qui tourne au cauchemar. 
Après comme tout Scorsese, la mise en scène est irréprochable, les comédiens toujours aussi impeccables et les scènes de nuit toujours aussi fabuleuses. Et ce petit bijou au rythme endiablé prouve que Scorsese est un touche à tout qui néglige aucun détail.

Votre Serviteur

Lorenzo Garnieri

samedi 16 avril 2016

Roger Corman

Quel point commun entre Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, Ron Howard, Joe Dante et Jonathan Demme ?
Alors ...?
Au fond à droite ?
Ok, j'embraille... attention je dévoile :
Ils ont été révélés par le maître de la série B, j'ai nommé Roger Corman.
Alors, oui, je sens que tous les cinéphiles, fan de Truffaut, Fellini, Bergman... Heu ? Pardon ? Ah, je viens de lire que Roger Corman a également diffusé des films prestigieux de ces cinéastes.
Parce que oui, un réalisateur, c'est aussi révéler des hommes d'exception, et voici quelques grands noms et les films révélés par le maître de la série B : 
- Coppola: L'Halluciné (avec Nicholson) et Dementia 13 
- Ron Howard : Lâchez les bolides
- Scorsese : Boxing car Bertha

Mais aussi Joe Dante, Jonathan Demne et bien d'autres... 
Ah ? là, je parle du producteur ? Ok ! Oui, j'affirme que Corman est un excellent réalisateur. De séries B, certes, mais il faut bien expérimenter le genre pour découvrir des chefs-d'œuvre. Jouer les fines bouches, c'est bien, mais avant de devenir un grand peintre, Picasso a dû faire des tonnes de tests et d'expérience. Et surtout, surtout qu'à l'époque le numérique n'existait pas. Pour les effets spéciaux c'était à la débrouille avec peu de moyens humains, financiers et matériel. Alors on peut rire des créatures fabriquées à l'époque, mais elles n'étaient pas là, aurions-nous Alien ? Prédator ? les films de Carpenter ? Je pense que cela aurait été plus difficile.


Mais Corman c'est aussi une œuvre, une vision de la vie sur comment réagirions-nous dans des situations surnaturelles ? Comme dans "la dernière femme sur Terre" où deux hommes et une femme sont les seuls survivants d'un cataclysme et doivent apprendre à vivre ensemble ou encore "la petite boutique des horreurs" où un botaniste doit nourrir une plante carnivore avec du sang humain.
S'essayant à divers genres, c'est surtout le fantastique qui a été (et est toujours) le domaine de prédilection du monsieur. Monsieur qui sait s'entourer de grands acteurs (inconnus à l'époque ou en devenir) : Boris Karloff, Charles Bronson, Jack Nicholson, Patrick McNee, Vincent Price, William Shatner,... 
Et un mec qui nous révèle de grands réalisateurs et nous met en scène de grands acteurs avec si peu de budget (2 à 5 jours de tournages par films environ), j'appelle ça un génie.

Votre Serviteur.

Lorenzo Garnieri



samedi 9 avril 2016

Georges Mélies

Au début, vint la lumière, ou plutôt les Lumières. Mais il manquait quelque chose, un petit détail qui allait donner au cinéma ses lettres de noblesse. Un élément qui fait qu'aujourd'hui on attend le prochain "Star Wars", qu'on a adoré le "Seigneur des anneaux", qu'on flippe devant "Conjuring", un petit détail qui a donné naissance à de grands cinéastes tel que Chaplin, Nolan ou encore Scorsese, Coppola et bien d'autres encore. Ce petit quelque chose qui fait que le cinéma d'aujourd'hui nous passionne, fait débat, crée des enchantements comme des déceptions. Ce petit quelque chose c'est le divertissement.
Et c'est là qu'intervient le père créateur, celui qui est à la base de tout, celui qui nous a offert le rêve sur pellicules, j'ai nommé Georges Mélies.
Plus de 500 films à son actif (on parlerait de 600 même), bien sûr des courts métrages et des moyens métrages, tournés entre 1896 à 1914 dans une thématique : voyage à travers l'impossible.
Mais pour nous faire rêver et inspirer une légion de cinéastes talentueux, Georges Mélies ne s'est pas contenté de nous raconter une histoire, mais de trouver les moyens pour nous la raconter.
Beaucoup de ses films ont été détruits hélas, car la guerre a précipité la faillite de la société de production du Maître, mais aujourd'hui encore nous retrouvons des bobines que l'on croyait perdues à tout jamais.
D'ailleurs, Martin Scorsese lui rend un très bel hommage dans son film "Hugo Cabret" que je vous recommande chaudement. Même si l'histoire est assez romancée, cette ode au cinéma est une initiation au rêve, une invitation au voyage. 
Et si vous avez l'occasion de voir un des films de Mélies, dîtes-vous bien que même si c'est un vieux film c'est grâce à cette oeuvre, à ces oeuvres, qu'existe la magie du cinéma. 

C'était l'histoire d'un homme qui avait un rêve, c'est l'histoire d'un public qui rêve.

Merci Georges Mélies.

Votre Serviteur
Lorenzo Garnieri