lundi 9 mars 2026

The Constant Gardener

 


Année : 2005

Réalisateur : Fernando Meirelles
Scénariste : Jeffrey Caine
D’après le roman de : John le Carré
Acteurs principaux : Ralph Fiennes, Rachel Weisz, Danny Huston, Bill Nighy
Montage : Claire Simpson
Musique : Alberto Iglesias
Genre : Thriller politique / drame
Durée : 2h09

Résumé

Justin Quayle, diplomate britannique discret et réservé, mène une vie paisible au Kenya avec sa femme Tessa, une militante passionnée et idéaliste. Lorsque celle-ci est retrouvée assassinée dans des circonstances mystérieuses, tout semble indiquer un crime banal.

Mais Justin refuse cette version. Peu à peu, en remontant les traces laissées par sa femme, il découvre un scandale international mêlant grandes compagnies pharmaceutiques, corruption politique et expérimentations médicales douteuses. Ce qui commence comme une quête personnelle devient alors une enquête dangereuse, où la vérité menace des intérêts bien plus puissants qu’il ne l’imaginait.

Analyse

Avec The Constant Gardener, Fernando Meirelles livre un thriller politique intense qui mêle enquête, drame intime et dénonciation sociale. Le film ne repose pas seulement sur son intrigue, mais aussi sur la transformation progressive de son personnage principal. Justin Quayle, d’abord effacé et presque passif, se révèle peu à peu à travers l’absence de sa femme et l’héritage moral qu’elle lui laisse.

La mise en scène adopte un style nerveux et immersif, proche du documentaire par moments. Les paysages africains ne servent pas seulement de décor : ils participent pleinement à l’atmosphère du film, entre beauté brute et réalité sociale souvent dure. Meirelles filme l’Afrique avec une énergie et une sensibilité qui donnent au récit une dimension humaine très forte.

Le film repose aussi sur la puissance de son duo d’acteurs. Ralph Fiennes incarne avec retenue un homme bouleversé qui découvre trop tard l’ampleur du combat mené par celle qu’il aimait. Rachel Weisz, lumineuse et déterminée, donne à son personnage une présence qui continue de hanter le film même après sa disparition.

Thèmes abordés

Le film explore la corruption politique et économique, notamment les dérives de certaines grandes entreprises pharmaceutiques prêtes à tout pour tester et commercialiser leurs produits.

Il interroge aussi la responsabilité morale face à l’injustice, à travers le parcours d’un homme ordinaire qui se retrouve confronté à des forces qui le dépassent.

Enfin, au cœur du récit se trouve une histoire d’amour tragique, où la quête de vérité devient aussi une manière de comprendre et d’honorer la personne perdue.

À voir pour

Un thriller politique intelligent et bouleversant, porté par une mise en scène immersive et deux performances remarquables. The Constant Gardener réussit à mêler enquête haletante, émotion intime et réflexion sur les dérives du pouvoir. Un film à la fois engagé et profondément humain.

Votre serviteur Lorenzo Garnieri

L'enchanteur (de Barjavel)

 


Auteur : René Barjavel

Année de parution : 1984

Genre : Roman / réécriture mythique / fantasy poétique

Éditeur : Denoël

L’auteur

René Barjavel (1911-1985) est l’un des écrivains majeurs de la littérature française du XXᵉ siècle. Connu pour ses romans d’anticipation (La Nuit des temps, Ravage), il mêle dans toute son œuvre science, amour et spiritualité. L’Enchanteur, son dernier roman, condense son regard émerveillé et mélancolique sur le monde.

Résumé

Barjavel revisite la légende arthurienne à travers le regard de Merlin, l’éternel magicien, chargé de guider les chevaliers vers le Graal. Ici, la magie n’est pas un art de puissance mais une force spirituelle, nourrie d’amour et de doute. Autour de Merlin gravitent Arthur, Lancelot, Guenièvre, Viviane... des figures mythiques rendues profondément humaines. La quête du Graal devient une quête intérieure, où se mêlent lumière, ombre et désir de rédemption.

À lire pour

Parce que Barjavel transforme la légende du roi Arthur en une méditation poétique sur l’amour, la foi et la fragilité des héros. Son écriture fluide et musicale tisse un récit à la fois mystique et intime, où chaque page invite à la contemplation. L’Enchanteur est moins une aventure qu’un enchantement : une fable sur la beauté et la vulnérabilité du cœur humain.

Votre serviteur Lorenzo Garnieri

100 dollars pour un shérif


Film de Henry Hathaway (1969)

Titre original : True Grit  

Réalisation : Henry Hathaway

Scénario : Marguerite Roberts, d’après le roman True Grit de Charles Portis

Production : Hal B. Wallis

Musique : Elmer Bernstein

Photographie : Lucien Ballard

Montage : Warren Low

PJohn Wayne dans 100 dollars pour un shériffays : États‑Unis

Genre : Western, drame

Durée : 128 min

Sortie : 1969 (USA), 1970 (France)

Distribution principale

  • John Wayne : Rooster Cogburn

  • Kim Darby : Mattie Ross

  • Glen Campbell : LaBoeuf

  • Robert Duvall : “Lucky” Ned Pepper

  • Jeff Corey : Tom Chaney

Résumé

Mattie Ross, quatorze ans, veut venger la mort de son père, assassiné par Tom Chaney. Déterminée, méthodique, intraitable, elle engage Rooster Cogburn, un marshal borgne, ivrogne et redoutablement efficace, pour traquer le meurtrier réfugié en territoire indien. Un Texas Ranger, LaBoeuf, poursuit lui aussi Chaney pour une autre affaire. Tous trois se lancent dans une chevauchée semée de dangers, où la ténacité de Mattie et la rudesse de Cogburn forment un duo aussi improbable que profondément humain.

Ce qui fait la force du film

100 dollars pour un shérif puise sa force dans cette rencontre improbable entre une enfant obstinée et un marshal fatigué, comme si le western, soudain, se souvenait qu’il pouvait encore être un conte initiatique. Le film avance avec la lenteur majestueuse des paysages qu’il traverse : des vallées rousses, des forêts d’hiver, des plaines où la poussière semble garder la mémoire des hommes qui les ont foulées.

Au cœur de ce décor, John Wayne impose une présence crépusculaire. Rooster Cogburn n’est pas seulement un dur à cuire borgne et imbibé : c’est un homme qui a trop vécu, trop tiré, trop perdu. Hathaway filme ce corps massif comme un vestige de l’Ouest ancien, un colosse qui n’a plus que sa mauvaise foi et son panache pour tenir debout. Et pourtant, derrière la barbe mal taillée et les jurons, quelque chose se fissure : une humanité brusque, maladroite, presque émouvante.

Face à lui, Mattie Ross avance comme une flèche. Sa détermination n’a rien d’enfantin : elle est droite, inflexible, presque biblique. C’est elle qui porte le film, qui le tire vers la lumière, qui oblige les adultes à se souvenir de ce qu’ils ont cessé d’être. Leur duo fonctionne comme un miroir inversé : l’une monte vers la maturité, l’autre descend doucement vers la rédemption.

La mise en scène, classique en apparence, se révèle d’une grande finesse. Hathaway ne cherche pas l’esbroufe : il laisse respirer les visages, les silences, les hésitations. Il filme l’Ouest non comme un mythe flamboyant, mais comme un territoire où l’on vieillit, où l’on doute, où l’on se trompe. La violence y est sèche, brève, sans romantisme — mais l’émotion, elle, affleure dans les interstices, dans un regard, dans un geste maladroit, dans un éclat de rire qui surprend tout le monde.

Et puis il y a la musique d’Elmer Bernstein, ample, lumineuse, qui donne au film une dimension presque élégiaque. Elle accompagne la chevauchée finale comme un souffle d’espoir, comme si l’Ouest, malgré tout, avait encore quelque chose à offrir à ceux qui osent le traverser.

Le remake :  Plus de quarante ans plus tard, les frères Coen revisiteront cette histoire avec True Grit (2010), en lui donnant une tonalité plus âpre, plus littérale, plus fidèle au roman. Leur version, admirable à sa manière, éclaire rétrospectivement celle de Hathaway : elle révèle combien le film de 1969, derrière son classicisme, porte déjà une mélancolie de fin de piste, un parfum de crépuscule que les Coen pousseront jusqu’à l’os.

Thèmes abordés

  • Justice et vengeance : la quête de Mattie révèle la complexité morale du monde adulte.

  • Transmission et maturité : une enfant qui grandit, un homme qui se rachète.

  • Fin d’un monde : un Ouest qui s’effrite, filmé avec douceur et lucidité.

  • Courage et ténacité : ce “True Grit” qui donne son titre au roman et au film.

Pour qui ?

Pour les amateurs de westerns classiques, de grandes figures hollywoodiennes et de récits initiatiques. Pour celles et ceux qui veulent découvrir un John Wayne plus vulnérable, plus nuancé, loin de son image de héros invincible. Pour les spectateurs sensibles aux films d’aventure où l’humain prime sur le spectaculaire, et où la poussière des chemins raconte autant que les dialogues. Et pour ceux qui aiment comparer deux visions d’une même histoire : l’élégance crépusculaire de Hathaway et la sécheresse implacable des Coen.

Votre serviteur Lorenzo Garnieri

mardi 10 février 2026

Les Vieux de la Vieille


Film de Gilles Grangier (1960)

Avec Jean Gabin, Pierre Fresnay, Noël-Noël, Yvonne Monlaur

Dialogues Michel Audiard

D’après le roman La Vieille Dame de Bayeux de René Fallet

Musique Jean Yatove

Montage Jacqueline Sadoul

Résumé

Dans un village du Bourbonnais, trois vieux compères — Baptiste, Jean-Marie et Blaise — décident de quitter leur routine campagnarde pour entrer ensemble à la maison de retraite de Gouyette. Leur réputation de fortes têtes les précède, et leur arrivée déclenche une série de situations aussi cocasses que révélatrices. Entre mauvaise foi, coups de gueule, amitié indéfectible et résistance farouche à l’ordre établi, ces « vieux de la vieille » bousculent joyeusement les habitudes du village et de l’institution qui les accueille.

Ce qui fait la force du film

Les Vieux de la vieille repose d’abord sur la puissance comique et humaine de son trio d’acteurs. Gabin, Fresnay et Noël-Noël composent trois figures rurales aussi truculentes qu’attachantes, portées par les dialogues ciselés d’Audiard, où la gouaille se mêle à une tendresse pudique.

Le film déploie un réalisme rural chaleureux, loin de toute caricature. Grangier filme la France paysanne avec précision, humour et une pointe de nostalgie. Les paysages, les intérieurs, les gestes du quotidien deviennent le décor d’une comédie profondément humaine, où l’humour naît autant des situations que des caractères.

La mise en scène, discrète mais efficace, laisse toute la place au rythme des échanges, aux silences éloquents, aux regards entendus. Le montage accompagne cette fluidité, donnant au film une allure de balade champêtre ponctuée de saillies verbales.

Thèmes abordés

  • Vieillesse et dignité : trois hommes qui veulent rester maîtres de leur vie.
  • Amitié masculine : une solidarité rugueuse, faite de chamailleries et de fidélité.
  • France rurale d’après-guerre : traditions, lente modernisation, institutions dépassées.
  • Liberté individuelle : refuser qu’on dicte sa conduite, même sous couvert de bienveillance.

Pour qui ?

Pour celles et ceux qui aiment les comédies françaises à l’ancienne, portées par des dialogues savoureux et des personnages hauts en couleur. Pour les amateurs de films qui scrutent la vie rurale avec humour et humanité. Pour les spectateurs sensibles aux œuvres où la parole — gouailleuse, tendre, parfois féroce — devient un véritable moteur dramatique. Et pour tous ceux qui veulent retrouver un cinéma populaire, chaleureux, où l’on rit autant qu’on observe la condition humaine.

Votre serviteur, Lorenzo Garnieri

samedi 13 août 2016

Une belle fin




Titre original : Still Life

Année : 2013

Réalisateur : Uberto Pasolini

Scénariste : Uberto Pasolini

Acteurs principaux : Eddie Marsan, Joanne Froggatt, Karen Drury, Andrew Buchan

Montage : Tracy Granger

Musique : Rachel Portman

Photographie : Stefano Falivene

Production : Exponential Media / Embargo Films

Résumé

John May, employé de mairie dans un quartier londonien, a pour tâche d’organiser les funérailles des personnes mortes seules. Méticuleux et discret, il consacre sa vie à redonner un peu de dignité à ceux que plus personne ne réclame. Lorsqu’il apprend la suppression de son poste, il se lance dans sa dernière enquête : retrouver la famille d’un homme inconnu.

Contexte et tournage

Tourné en 2012 entre Londres et le Surrey, le film a été produit par Uberto Pasolini lui-même, connu aussi pour avoir produit The Full Monty. Pasolini s’est inspiré d’un fait réel : le service municipal chargé d’enterrer les morts sans proches.Le tournage s’est voulu minimaliste, avec des décors sobres et une lumière très contrôlée. Eddie Marsan, acteur fétiche des seconds rôles britanniques, y trouve l’un de ses rôles les plus intériorisés. La photographie, dominée par des tons gris et bleus, renforce le sentiment de solitude et de dignité silencieuse.

Thèmes et portée

Une belle fin parle de la mort, bien sûr, mais surtout de la tendresse cachée dans la routine. C’est un film sur la dignité, la bienveillance et la trace minuscule qu’on laisse dans le monde. Pasolini évite le pathos : il filme le silence, la lenteur, la beauté discrète des gestes simples.

À voir pour

Un film d’une grande délicatesse, porté par la performance subtile d’Eddie Marsan et la musique mélancolique de Rachel Portman. Sobre, lumineux et bouleversant dans sa simplicité.

Mon avis : 

La meilleure façon de réussir sa vie est de ne pas rater sa mort. Je m'explique, afin de dissiper tout malentendu. Le jour du grand départ, que laisserons-nous derrière nous ? Quels souvenirs ? Quelles images ? Quel héritage ?

J'ai beau croire en un dieu, je ne suis pas pour autant religieux, et je pense même que la religion n'a plus sa place dans la société d'aujourd'hui. Mais, comme nous tous, des questions demeurent, et des angoisses perdurent. Puis me vient cette phrase de Terry Pratchett : "Là où je suis, la Mort n'y est pas, et lorsqu'elle arrive, je n'y suis plus." Dans son œuvre Le Disque-Monde, Pratchett nous fait comprendre qu'avant de penser à la Mort, il faut penser à vivre.

Et nous voilà avec Une Belle Fin d'Uberto Pasolini, qui traite du sujet à la perfection en nous faisant réfléchir à travers un petit bonhomme austère, mais intègre et généreux. Intègre envers la société, généreux envers les... morts, surtout les personnes récemment décédées. (Il faut quand même préciser que ce film a été vendu comme une comédie.)

À travers ce personnage très attachant, nous allons découvrir que la vie, ce n'est pas cela, ce n'est pas ce que l'on voit, ce n'est pas ce liquide visqueux dans lequel on patauge et que l'on appelle la société, fléau générateur de solitude. Car la solitude est un autre sujet abordé dans Une Belle Fin. En définitive, si nous baissons la tête dans le but de faire bonne figure auprès de notre patron, dans l'attente d'un remerciement, pardon, d'un hypothétique remerciement, nous faisons fausse route. Nous nous enfermons dans un monde de solitude où nous ne connaissons plus nos voisins, où nous oublions les odeurs, les saveurs, la beauté. Et pire, nous nous vautrons dans la solitude et la frustration, oubliant ce que la vie renferme de plus merveilleux, et n'en gardons que ce qui est terne et froid. Au final, pourquoi ? Je n'ai pas envie de dire "pour rien", car c'est simplement le chemin qui n'est pas bon, et j'ai envie de dire que c'est à nous de créer notre but, puisque c'est nous qui animons nos vies au final, même si des événements viennent perturber ou agrémenter notre parcours.

Je ne sais pas s'il y a une vie éternelle, je verrai cela en temps voulu, mais je sais que je ne voudrais pas voir mon image disparaître en même temps que moi. C'est peut-être pour ça que la vieillesse fait peur. Archétype de la solitude (ce mot revient toujours), mais aussi d'une mémoire atrophiée. La vieillesse, c'est un peu comme si l'on effaçait le meilleur de nous-mêmes de la carte mémoire de l'existence.
Pour avoir assisté à des enterrements, l'une des images les plus frappantes que j'en garde, c'est que chaque personne venue accompagner le défunt est un fragment de sa vie. Et irrémédiablement, en fonction de notre vécu avec cette personne, des réminiscences de l'être aimé et disparu interviennent sans prévenir : sur une phrase, une vision, une odeur, un objet. C'est peut-être ça que l'on appelle un fantôme.

C'est le message de Uberto Pasolini, en tout cas, et contrairement à tout ce que je viens de dire, Une Belle Fin est un film lumineux et coloré qui illustre très bien que la solitude est le début de la mort, tandis que le souvenir est un prolongement de la vie.

Votre serviteur : Lorenzo Garnieri





jeudi 11 août 2016

DUNE

Peut-on comparer le film au roman ? De prime abord, je dirais non. Un roman est beaucoup plus détaillé, plus fourni qu'un film. D'ailleurs, il n'y a rien de plus qui m'énerve que d'entendre "Oh ! le roman est beaucoup mieux." Bien évidemment. Ce sont deux matières différentes. Le roman est la réflexion personnelle d'un auteur. Le film est un projet commun, un travail d'équipe sous la direction d'un réalisateur et bien entendu la supervision d'un producteur. Bien entendu, l'éditeur va reprendre le rôle de supervision, mais ce rôle est beaucoup moins oppressant. Ce sont deux métiers différents.


Revenons au sujet. Même si les deux sont incomparables, le film ne cesse de rappeler des éléments du roman d'Herbert qui, rappelons-le, a supervisé le film de David Lynch. Et cette analogie entre le livre et le film est le principal point faible du film. Déjà que celui-ci a mal vieilli, pire que les effets spéciaux ne sont pas géniaux, même pour l'époque (Star Wars et Blade Runner sont passés avant quand même). Et ne parlons pas de la narration... Ah bah non, on va en parler quand-même c'est elle qui casse le film.
 
Alors, je rassure le lecteur de ce billet : je ne cherche pas à casser le film. Au contraire, je cherche à le défendre, surtout quand j'entend que tout le monde fantasme sur la version avortée de Jodorowski oubliant que l'artiste chilien est un très mauvais réalisateur. Car oui, Dune aurait dû être le film de référence dans la Science-Fiction.


Seulement, voilà. Voulant faire du fan-service avant l'heure, Lynch s'est lamentablement planté. Il a tiré du livre tout ce qui le ralentissait à commencer par les pensées des personnages qui lèvent toute empathie, et signe une narration déplorable. Heureusement que les acteurs sont très bons, sinon "Dune" ne serait pas considéré comme un nanar mais comme un véritable navet. Mais nous y reviendrons plus tard.

Là, où Lynch s'est surpassé dans l'art de la confusion est qu'il oublie très souvent l'esprit du livre. A commencer par les ordinateurs qui sont remplacés par les "Mentats", hommes conditionnés à être de véritables logiciels humains. Certes, un film n'est pas tenu de suivre le roman, je veux pour exemple Tom Bombadil dans "le Seigneur des Anneaux" mais quand un film reprend le côté psychédélique et new-âge d'un roman, il faut qu'il assume jusqu'au bout. Bon, ne parlons pas de l'absence de capes chez les Fremens, (là ok, je chipote), de la "polygamie" de Stilgar et celle imposée à Paul Muab-Dib (qui elle aurait pu être développée) ou encore le combat dans l'arène entre Feyd-Rautha (joué par Sting) contre des esclaves. 
 
 
Oui, ce sont des détails, et le syndrome Tom Bombadil tourne autour de mon clavier. Or, David Lynch persiste dans l'art de la dichotomie narrative et s'évertue à faire référence au livre tout en ne le respectant pas. Je parlais de la narration avec les pensées des personnages que Lynch a porté à l'écran et qui polluent le film, que penser des personnages ? Oui les acteurs sont bons ! Oui presque tous les personnages sont là ! Et c'est encore un problème. La présence de certains n'est plus justifié. Déjà que le livre lui-même rencontre ce problème avec certains passages (mais au fil du cycle on comprend leur présence). Je pense à Liet Kynes ou Gurney Halleck dont le rôle dans le film est négligeable. Leur présence saccade le film et l'on assiste à un défilement d'images et de personnages pour assurer le fan service. Marvel n'a rien inventé.

Cette adaptation est difficilement défendable. Surtout depuis un certain Peter Jackson. On l'a bien vu, l'intégrale du "Seigneur des Anneaux" fait 1200 pages et il a fallu 3 films de plus de 3 heures chacun pour l'adapter (et je ne parle pas des versions longues). Le premier tome de Dune fait 800 pages soit l'équivalent d'une trilogie à la Star Wars (soit 3 films de 2heures ou un diptyque de 3heures pour chacun).
 
Et pourtant, il y avait de très bonnes idées et de bonnes initiatives. Je ne sais pas ce qui a été voulu par DiLaurentis et ce qui a été voulu par Lynch. Parait-il que la Director's cut n'est pas mieux (mais au moins on voit Gurney Halleck jouer de la ballisette). D'ailleurs, non seulement je déteste l'expression Director's cut, mais pour moi un film quand il est tourné, il n'a pas à être changé. 
 
Les bonnes idées ? Les pustules et la perversité du Baron Harkonnen. Un excellent méchant dans l'histoire du cinéma. En règle générales, la caractérisation des Harkonnen est très subtile, très intéressante. D'ailleurs, Sting s'en sort pas mal en Feyd-Rautha. Le duel entre Paul et celui-ci est une très bonne scène qui aurait pu avoir plus d'intensité si l'on avait vu ce dernier à l'œuvre un peu plus tôt. Le roman relate un combat dans l'arène entre Feyd-Rautha et des gladiateurs, cette idée aurait pu être creusé et donner plus d'impact.
De même que les deux autres familles, à savoir les Corrinos et les Atréïdes drapés dans de somptueux costumes et donc la caractérisation est fidèle au livre.
 
 
 
"Dune" aurait pu être un meilleur film, une meilleure adaptation. Peut-être qu'un jour quelqu'un en fera un remake intéressant. Reste les livres que je ne saurai que trop vous conseiller et qui vous permettront de savoir pourquoi son adaptation a été un échec.

Et ne me parlez pas de Jodorowski.

Votre Serviteur

Lorenzo Garnieri

dimanche 24 avril 2016

After Hours

Martin Scorsese a tourné de grands films avec de grands comédiens. Mais il a aussi tourné de petits bijoux avec des acteurs moins connus. Car, il faut le reconnaître, lorsqu'on parle de Scorsese, soit on évoque ses films de mafia, soit on débat sur quelle période entre DeNiro et DiCaprio est la meilleure. Sauf qu'on oublie ce petit bijou qu'est "After Hours" qui met en scène l'excellent et trop méconnu Griffin Dunn.

Commençons par le pitch : un homme, de ce qu'il y a de plus commun rencontre une femme. Ils discutent et se donnent rendez-vous. Hélas, pour le pauvre diable campé par Griffin Dunn rien de va se passer comme prévu et le film va partir dans un rythme endiablé, une suite de mésaventures rocambolesques pour le pauvre garçon qui voulait juste passer une soirée agréable avec une jeune fille. Et je m'arrêterai là pour ne pas dévoiler toute l'histoire.


Car oui, l'intrigue est sujet à de multiples rebondissements, où nous, spectateurs nous ne pouvons qu'éprouver que de l'empathie pour Griffin Dunn. Le choix de ce dernier est judicieux parce qu'en prenant un inconnu comme principal protagoniste, nous nous identifions facilement à ce personnage qui aurait dû rester chez lui au lieu de rencontrer des personnes loufoques et complètement barrés. Lui il veut juste rentrer chez lui, eux veulent lui faire la peau. Une nuit de célibataire qui tourne au cauchemar. 
Après comme tout Scorsese, la mise en scène est irréprochable, les comédiens toujours aussi impeccables et les scènes de nuit toujours aussi fabuleuses. Et ce petit bijou au rythme endiablé prouve que Scorsese est un touche à tout qui néglige aucun détail.

Votre Serviteur

Lorenzo Garnieri